SCENE XV III
CERDIC, MARIANNE; puis HENRI.
MARIANNE. Monsieur ! ...
cerdic.. Oh! silence, madame.... Je n'ai plus affaire ici à une femme. J ouvre la porte de la c/i<z/n£r*.) Sortez, monsieur!..
" HENRI. Me voici!
MARIANNE. Mon Dieu! qu'est-ce qu'il va v avoir d'horrible ici ?
Cerdic, après avoirfermè toutes les portes. Henri de Marçay, nous sommes prisonniers 11 n'y a plus pour nous deux ici
que l'espace d'un tombeau
HENRI. Mais écoutez-moi du moins...
CERDic. Henri de Marçay, j'avais demandé ta grâce, elle m'avait été promise solennellement J'ignore par quelle fatalité tu as été condamné.
HENRI. Quoi! monsieur, vous aviez demandé ma grâce?...
CERDIC. Oh! trêve à la reconnaissance'.... Tu sais bien que je voulais t'arraclier au bourreau, parce que tu m'appartiens avant de lui appartenir parce
que l'injure que lu m'avais faite était plus ancienne que celle faite à la nation, parce que le bourreau venge l'affront fait à la loi, et que Cerdic seul venge l'affront fait à Cerdic... Oh! tu ne m échapperas pas
cette fois Celte terrible querelle entre
l'officier bleu et les gardes du pavillon n'était pas finie... il fallait une dernière rencontre; mais je la désirais partout ailleurs je ne l'attendais pas au sein de
mes foyers.
Marianne. Monsieur, écoutez-moi du moins.
CERDIC Oh! silence, Marianne! vous vous défendez la tête baissée... Regardezmoi donc un peu ! Oh ! vous avez peur du regard d'un honnête homme !... mais, encore une fois, il ne s'agit pas d'une femme ici... Henri de ■ Marsay, c'est la maison de ta complice que tu as choisie pour asile, cette maison ne t'a pas trahi, je le vois!... Madame a eu soin de te cacher, de te soustraire à tous les yeux Elle te conservait pour moi.... Ah ! merci, madame, merci ! (// saisît deux épées.) Et maintenant, choisis !...
Marianne. Horreur!...
Henri. Nous battre ici!...
cerdic. N'y a-t-il pas assez d'espace, et n'avons-nous pas un témoin?
Marianne. Moi, vous pourriez me condamner à cet épouvantable spectacle !
cerdic. Vous craignez la vue du sang,
* Henri, Cerdic, Marianne.
madame ?.. . cela ne vous a pas empêchée cependant d'exposer le mien.
MARIANNE, se initiant entre eux. Non, non! cela ne se peut! cet horrible combat ne souillera pas cette chambre, ou bien c'est dans mon cœur, que vous percerez à la fois, que vos deux épées se rencontreront.
HENRI. N'ayez pas peur, Marianne, il ne peut y avoir de duel.
CERDIC Et qui pourrait te soustraire à
HENRI. Ma volonté... Je ne me battrai pas.
CERDIC. Tu ne te battras pas, misérable!... Ah! je t'y forcerai bien.
HENRI. Je ne me battrai pas, vous dis je... L'dsscz-moi sortir pour mourir et vous sauver.
CERDIC. Sortir! toi?...
HEXRi. Oui, oui, à l'instant.
Cerdic Henri de Marsay, ta tombe est ici, et tu ne peux l'en éloigner.
Henri. Eh bien! je briserai cette porte.
CERDIC. Tu n'y passeras que sur mon corps.
Marianne. Cerdic! Cerdic! au nom de tanière, abjure cet horrible projet! laissele fuir, je t'en supplie !
CERDIC Non, madame... Vous l'avez voulu recueillir dans ma maison, il y restera.
Marianne. Cerdic! au nom de notre enfant!...
CERDIC, lu repoussant et allant à de Marsay. Au nom de notre enfant!.... De Marsay, défends-toi !
Il croise Tépee contre lui.
HENRI , brisant la sienne. Non ! tu veux un adversaire, et moi je ne veux qu'un bourreau... Egorge-moi! égorge-moi!... car je suis sans défense, et je veux mourir ici ou sur l'échafaud... Choisis à ton tour maintenant, ou me livrer ou me tuer, choisis...
cerdic Oh! rage !... Eh bien! oui! le bourreau! le bourreau pour nous deux! il y a un duel comme un autre sur l'échafaud, et je l'ai mérité pour t'y avoir soustrait; je vais me dénoncer moi-même, et nous y marcherons tous deux... Tu vois bien que le duel est encore possible entre nous.
MARIANNE. Que dis- tu , Cerdic? que distu ? Oh ! c'est trop horrible ! . . .
CERDIC C'est ma volonté aussi, àmoi...
chacun a la sienne... ici. .
MARIANNE. Excepté moi, qui jusqu'ici ai craint de la manifester ; mais écoute-la, Cerdic : elle est aussi impitoyable que la tienne peut l'être.. Si tu fais un pas, si tu dis un mot, je dirai tout à mon tour... Je
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dirai que moi seule ai cache cet homme, que moi seule mérite Ja mort!
CEKDIC. Tu ne le diras pas... De quel droit oseras-tu révéler que tu as perdu ton mari pour sauver ton amant?... Oh!
silence, malheureuse, silence! haisse la tête et tais-toi... tu n'as plus le droit de te dévouer, tu es mère... 11 te faut un châtiment... Je te côndamme à vivre pour ton enfant. Viens, suis-moi!. .
Marianne. Cerdic!...
HENRI. Et moi!... moi!...
cerdic. Toi!... Attends ici... nous nous retrouverons sur l'échafaud ; je ne manquerai pas au rendez-vous.
Il sort en entraînant Marianne et ferme la porte sur lui.