‹ ThéâtreChapitre 667 sur 846 · RIT A, PEREZ · texte numérisé non relu

RIT A, PEREZ

niTA. Approche, mon bon Perez, mon fidèle serviteur... Crois-tu que je plairai? Me trouves-tu assez belle pour faire mourir de dépit toutes les nobles daines que j'ai invitées à cette fête?

perez. Vous m'aviez promis, ma bonne maîtresse, de ce plus...

rita. De ne plus être coquette... c'est vrai ; maisque veux-tu? je suis femme, et j'y reviens toujours malgré moi... la force du naturel... Oh ! mais je me conigerai, je te le jure... Tu m'as dit, toi à qui il est permis de tout me dire, et que je veux toujours croire, mon brave Castillan, tu m'as dit combien, à cette cour de Versailles où m'a jetée ma deslinée, on est prêt à calomnier ma conduite... moi qui n'ai fait, de mal à personne, j'ai des ennemis, beaucoup d'ennemis.

perez. Tous ceux dont vous avez refusé d'être un peu plus que l'amie, et toutes celles qui sont délaissées par leurs adorateurs, depuis que vous avez paru à la cour... Ces dames ne vous pardonnent pas de leur avoir enlevé tant d'hommages.

rita. Et ces messieurs ne me pardonnent pas d'avoir été pour eux plus inhumaine que toutes ces dames... Oui, Rita l'Espagnole a vu à ses genoux l'élite de la noblesse, rejetons dégénérés des plus anciennes familles de France, plus glorieux d'obtenir un succès de boudoir , que de contribuer par leur bravoure au gain d'une bataille, qui regardent comme Je plus beau de leurs titres celui...

perez. Celui de roué... c'est un mot de création nouvelle, mot qui fera époque en France; nous autres Espagnols, nous n'avons pas de ces idées-là... Pour nous, un roué, c'est tout bonnement un scélérat, un voleur de grand chemin qui expire sur la roue; mais pour les courtisans de monseigneur le régent, un roué, c'est le reste le plus pur de l'ancienne chevalerie; c'est l'homme gracieux et élégant par excellence, l'homme abonnes fortunes auquel ne doit pas résister la plus vertueuse des femmes ; enfin, c'est le comte de Noce, ou le jeune duc de Richelieu... Ah! c'est une admirable langue que la langue française ; il ne s'agit que de la bien comprendre.

rita. Eh bien, je les ai vus tous solliciter, mendier un seul de mes regards — J'ai entendu le brillant Richelieu lui-

même jurer à mes pieds qu'il m'adorait, que d'un mot de ma bouché allait dépendre ou sa vie ou sa mort!... oui, sa mort, c'est ce qu'ils disent tous. J'ai constamment refusé de les croire, et tous ils vivent aujourd'hui.

perez. Ils vivent parfaitement, et ils jouissent de la vie.... mais ils vous détestent.

rita. Les misérables !... que leur vengeance a été lâche et petite!... comme ils ont cherché à me flétrir parce que j'avais repoussé letitrede leurmaîtresse!... Restée veuve à vingt ans, je pleurais l'homme généreux à qui je devais un nom et des richesses... Ilsonl calomnié jusqu'aux pleurs que je versais sur la tombe d'un vieillard. Puis, lorsque le sourire a reparu sur mes lèvres, lorsqu'au milieu de l'ivresse des fêtes, et proclamée par eux la plus belle, j'ai laissé voir, pauvre femme, un mouvement de joie, d'orgueil peut-être, ils m'ont fait un crime de cette joie, comme ils m'en avaient fait un de ma douleur. Je persistais à rejeter leurs hommages, et ds ont prétendu que des intrigues secrètes pouvaient seules armer mon cœur de cette sévéiité. Ah ! lapensée de toutes leurs calomnies me fait encore trembler de colère. Toujours froide et calme en apparence, toujours rieuse lorsqu'ils venaient me reparler de leur amour, je ne leur ai pas laissévoir quelle indignation ilsavaientsoulevée dans mon aine... Mais avec toi, Perez, avec toi seul, je ne veux pas me contraindre, et quand je voudrais te cacher ce que j'éprouve, ne le devinerais-tu pas?... Eh bien! sous cette riche toilette, le front couronné de fleurs, et à l'instant de présider une fête, lorsque je songe à cette vie brillante en apparence, et que leur perfidie m'a faite si misérable, je souffre... et je suis prête à répandre des larmes... Ah! les infâmes ! les infâmes !.. .

perez. Ma bonne maîtresse, contenezvous... et songez bien que ces larmes, un de ces nobles seigneurs, un de ces roués pourrait les surprendre.

rita. Je ne pleure plus, Perez.

perez. Mais si vous avez quelque amitié pour votre vieux serviteur; si j'ai tenu, moi, le serment fait au lit de mort de ma pauvre femme, votre fidèle nourrice, de vous consacrer ma vie jusqu'à son dernier souffle ; si vous croyez que mon cœur bondit de colère en pensant à vos ennemis.... madame la duchesse, éloignez-vous à tout jamais de cet odieux séjour... que cette fête soit la dernière.

rita. Oui, bientôt nous partirons.

MME. Pour l'Espagne?., ma patrie !

rita. Pas encore ; mais je quitterai Versailles... j'irai passer la belle saison en

Bretagne, dans mon château île Kervan

Il le faut... des affaires a régler... la succession de mon mari... puis, nous retournerons à Madrid.

perez Enfin!

rita. Mais aujourd'hui... aujourd'hui, la duchesse de San-Felice fera dignement ses adieux à la cour de Versailles... On ne supposera pas qu'elle se retire de dégoût et de lassitude, qu'elle fuit en tremblant devant les perfidies de ses ennemis... On la verra partir radieuse et triomphante, objet d'envie et non point de pitié... Oui, Perez, ce bal, je veux qu'il soit long-temps après mon départie sujet de tous les entretiens ; qu'il efface le souvenir de ceux qui l'ont précédé. .. (Musique.) Ah ! déjà les salons se remplissent.

perez. Oui... M. le vicomte Duranlal , M. le chevalier de Servigné.

rita. Je te Lisse, ami... moi, pour les recevoir, j'ai besoin de plus de calme et de sang-froid Dans un instant je reviens.

Elle sort par la petite porte à la droite du public, sur le devant de la scène.

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