SCENE III
PEREZ, DURANTAL, SERVIGNÉ, Seigneurs.
De jeunes seigneurs, parmi lesquels Durantal et Servigné, paraissent au fond dans les salons.
DURANTAL, entrant en scène. Sur mon ame, chevalier, c'est vraiment une fête royale que nous donne ce soir notre belle duchesse.
SERVIGNÉ. Et quel est le génie qui a présidé à toutes ces merveilles?
perez. Le génie... c'est moi.
durantal. Ah ! Perez ! ... le bon, l'honnête Perez, le compagnon inséparable de notre divine Espagnole, son intendant, son factotum, ?on ami... homme universel, qui renferme dans sa tète plus de savoir et de connaissance que nous n'avons à nous tous de quartiers de noblesse... Je vous le recommande, messeigneurs, comme un médecin très-habile, un chimiste dont le talent va jusqu'à la magie... Le hasard me l'a fait surprendre un jour au milieu de ses alambics et de ses fourneaux ; il était sublime!... C'est pour cela qu'il possède toute la confiance de la duchesse... Songez-y donc, il peut fabriquer à sa fantaisie des philtres pour rajeunir, pour rendre
RITA LESrACNOLL.
Je reverrai
iiiiioureiix... quesais-je?... il en a de toutes les espèces... Aussi, Dieu me garde de me brouiller jamais avec lui.... un sorcier!
perez. Avez-vous fini, monseigneur?
DURANTAL. Non, vrai! tu peux compter, Perez, que tuas en moi un ami véritable, et vienne la mort de mou oncle le commandeur, je te prends à mon service, à moins cependant qu'il ne vienne la fantaisie au vieux pécheur de me déshériter... ou d'emporter avec lui sa fortune en enfer.
perez. Il vous resterait l'espérance d'aller l'y joiudre.
DURANTAL/Hein ! plaît-il? le joindre...
servigné. En enfer... Eh! eh! eh!
mon cher vicomte, tu me fais terriblement l elfet d'en prendre le chemin.
durantal. Eh! eh! eh! mon pauvre chevalier, tu me fais terriblement l'effet d'y marcher avec moi.
SEUVIGNÉ. Aussi, est-ce parce que je me voisdainné en perspective que jecommence par goûter de mon vivant toutes les joies du paradis.
durantal. Et, comme nous mettons au nombre de nos plus doux moniens ceux où nous venons nous damner auprès de ta belle maîtresse, hâte-toi de nous annoncer.
perez, se plaçant devant la porte par où Rita vient de sortir. Désespéré, c'est inutile.
durantal. Inutile!
tous. Inutile !
durantal. Et depuis quand cette chère duchesse ne serait-elle plus visible poui nous?
perez. Pas plus pour vous que pour d'autres, mes nobles seigneurs.
servigné. Maître Perez se permet donc de railler ?
perez. Quelquefois, pas souvent, et aujourd'hui, je suis très-sérieux.
durantal. Bien te prend de ne pas t'y jouer avec des gens de notre sorte.
PEREZ, secouant la télé d'un air d'ironie. Dieu m'en garde, messeigneurs!
servigné. Prouve-le donc en nous annonçant.
perez. Non.
servigné. Encore la même réponse!
perez. Oui.
durantal. Je te conseille d'obéir.
perez. Oh ! pour cela, non.
durantal. Misérable!... ailleurs que chez la duchesse, tes épaules de rustre auraient déjà fait connaissance avec le plat de ma lame.
perez, froidement. Calmez-vous, mon jeune seigneur.. . et faites en sorte de bien
MAGASIN THEATRAL
vous graver ceci dans la mémoire... Vous avez plaisanté tout-à-1'heure sur mes connaissances, mes travaux eu chimie, et vous aviez raison... car si le vieux Perez a la manie... Eh! qui n'en a pas à soixante ans?... dépasser une heure ou deux de temps en temps dans son laboratoire , s'il trouve là une occupation qui le distrait et l'amuse, il sait bien qu'à son âge on n'a plus assez de temps pour s'instruire, et il n'a pas la prétention de devenir ou un savant, ou un sorcier. Mais, avant de se livrer à cette étude paisible, avant d'être au service deIM,Tie la duchesse, Perez a été soldat, et de cette profession il lui est resté plus que le souvenir... il lui est resté ce qui vaut mieux pour se défendre et se venger que tous les philtres du monde, un mousquet, une épée et un poignard. (Mouvement des seigneurs.) Il y a quelques années, j'avais accompagné ma maîtresse à Naples, lorsqu'un soir, un noble italien, qui ainsi que moi suivait à cheval une rue déserte, eut l'imprudence, je ne me souviens guère à quel propos, de me frapper de son fouet.
DURANTAL, mec ironie. Et qu'en advint-il, maître Perez?
perez. Il en advint , monsieur le vicomte, que je le tuai sur la place!
durantal, à part. C'est un sauvage que cet Espagnol.'
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