‹ ThéâtreChapitre 673 sur 846 · RITA, JULES · texte numérisé non relu

RITA, JULES

JULES. Ah ! de ce dernier entretien va dépendre ma dernière espérance!

RITA, saluant avec grâce. C'est vous, monsieur le chevalier... vous m'attendiez peut-être ?

jules. J'ai voulu vous revoir, madame la duchesse, avant de me séparer de vous pour toujours.

RITA, souriant. Pour toujours!.... oh!

laissez-moi croire qu'un tel projet. .

JULES. Je le tiendrai.

rita. Nous ferrons...

JULES. Je le jure.

RITA. J'ai entendu prononcer tant de sermens, que je finis par ne plus croire à un seul.

JULES. Je vous dis, madame la duchesse, que si je sors de ce salon sans qu'un mot de votre bouche m'ait rendu l'espoir et le courage... vous ne me reverrez jamais.

RITA. Et moi, je vous dis, monsieur

le chevalier, que je n'ajoute pas foi à cette parole... que tous vos nobles amis me l'ont souvent adressée, en affectant, comme vous le faites maintenant, le plus violent désespoir, et que tous je les ai revus... lorsqu'ils ont été bien convaincus que je ne voulais, que je ne pouvais être

pour eux qu'une amie comme je vous

offre d'être la vôtre.

JULES. Si vous me confondez en effet avec ceux dont jusqu'à ce jour vous avez repoussé les hommages, si vous ne voyez dans mes chagrins rien de plus vrai, de plus réel que leur douleur de commande, si vous me donnez le titre de votre ami

comme ils l'ont reçu de vous eux que

vous haïssez, et que vous méprisez au fond de l'ame... alors, madame, tout est fini dès à présent entre nous, et notre dernière entrevue ne se prolongera pas

Adieu...

rita. Restez... un instant, un instant encore.... Et si vous êtes sincère, monsieur... car je vis dans un monde où il me faut douter de tout ce que je vois, de tout

ce que j'entends pardonnez-moi de

vous avoir méconnu, affligé peut-être, sans le vouloir... pardonnez-moi : si vous êtes sincère, c'est avec franchise aussi que je vous parle. Un homme d'honneur, lorsqu'une femme lui a déclaré qu'elle ne partagera point son amour, doit renoncer à elle sans se plaindre.

jules. Aussi, je ne me plains pas, et ma résolution est prise, madame.

RITA. Et vous partez ?

jules. Sur-le-champ... et je le répète, quoique tout-à-1'heure ce mot vous ait fait sourire, pour toujours.

rita . Mais. . . votre mère. . .

jules. Ma mère!... elle aussi ne reverra jamais son enfant....

rita. Ah! monsieur... vous n'avez pas le droit de l'abandonner.... songez que vous lui restez seul ; que votre frère est loin d'elle; que tous les jours il expose sa vie, et que la vôtre du moins, la vôtre appartient à votre mère.

JULES. Ah ! par pitié, ne prononcez plus ce nom qui me rendrait faible, lorsque j'ai besoin de tant de courage.

Ma mère! et toi, mon cher Henri, mon frère bien-aimé... tu ne me retrouveras plus à Versailles pour m'embrasser à ton retour, pour être heureux de ton bonheur et de ta gloire. Non, madame, non ce séjour, trop plein de votre présence, ne peut plus être le mien, si vous ne m'aimez pas... si vous me refusez le titre de votre époux.

lilTA L'ESPAGNOLE.

niT\. Monsieur, dussiez-vous dm haïr, dussies-voiu être aussi injuste que tous Ici nutres, je no vous donnerai pas \\\\ espoir que je n'aurai jamais la volonté de réaliser... Partez, puisqu'il le faut, puisque de votre éloignement dépend votre repos qui m'est cher; mais fixez un terme à votre exil... ou plutôt, maintenant, je ne reçois pas encore vos adieux ; songez que je compte vous revoir ce soir à mon bal... et alors, plus calme sans doute, en pensant que ma résolution est irrévocable ; vous renoncerez à la vôtre, vous consentirez à être un frère pour moi... oui, c'est l'amitié d'une sœur que je vous offre.

Jl LES. L'amitié d'une sœur!.. (A part., Allons, comme la sienne, ma résolution est irrévocable. (Flaut.) Adieu! adieu, madame !

rita. Mais je vous reverrai?

JULES. Peut-être.

Elle lui tend la main ; il la porte convulsivement à ses lèvres; elle la retire YÎtemei t, el il sort d'un air désespère par la porte du fond.

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