K1TA L'ESPAGNOLE
moi qui vit ns. comme tous les jours, apporterdu laitage et îles œufs frais.
îr.iu /.. d'un i> n grondeur. Tu es bien en retard, aujourd'hui.
FRANÇOISE. W vous fâchez pas, monsieur Perea, c'est pas ma faute. Tenez, emportez cela, monsieur Antoine.
A ii t >inc rentre dans le pavillon avec le panier de Françoise.
PEttEZ. Tu as risqué de faire attendre ma maîtresse, et si elle n'avait pas eu ce matin son déjeuner ordinaire, tuauraiseu affaire à moi.
FRANÇOISE. Quandj' vous dis que c'est pas ma faute, c'est que je suis venue par la grande route.
perez. Là ..et pourquoi prendre le chemin le plus Ion;;1
FRANÇOISE. Pour ne pas passer auprès de la vieille tour donc...
FEREZ, iwcc impatience. Mais pourquoi cela?
FRANÇOISE, d'un air de mystère. C'est que dans la vieille tour il y a un jeune s ilitaire.
PEREZ, froidement. Ali! oui, on ledit... Il te fait donc peur ?
FRANÇOISE. A moi, non .. mais à iflon homme, et ça justement parce qu'il n'a rien d'effrayant... Tant et si bien que mon homme trouve que j'arrive plus vite quand j pi ends le chemin le plus long... \oilà, monsieur, Perex. .. Dites donc, je l'ai vu. peuez. Qui?
frxaçoise. Si ça se demande?... Le solitaire ... il isi bien genti, allez... et puis, il a l'air si tnste qu'on s'iatéresse à lui tout de suite... Les maris prétendent qu'il
r«st vieux et laid... C'e>t des nienteries
Les femmes disent le contraire, et c'est les
femmes qui s y connaissent le mieux
Ali ! dam, il peut se vanter de faire parler de lui celui-là! — Depuis quelque temps, depuis qu'il s'est enfermé dans celte vieille tour dont il ne sort presque pas, on ne s'occupe que de lui dans le pays... Le solitaire par ci, le solitaire par là... on vase promener à la tour... toutes les jeunes filles des environs vont le consulter pour savoir si leurs amoureux sont fidèles... les femmes pour savoir si leurs maris ne savent pas.... enfin tout le monde voudrait le voir, et personne ne peut deviner qui il est ni d'où il vient.... Dites donc, monsieur Perez, c'est bien singulier tout d' même...
plrez. Quoi?
Françoise. Qu'un jeune homme si bien fait, si aimable...
peaeK. Vraiment?, j
Françoise, baissant les yeux. Soit venu comme ça se cacher dans des ruines....
Qtiant à moi, certainement... ce jeune homme ne m'est de rien... ni de près ni de loin... Ah! oui, mon homme peut être bien tranquille... Mais ce qu'il v a de certain, c est que je ne voudrais pas qu ça soit un malheur qui l'ait conduit dans cette
vilaine tour abandonnée Quoique ça,
j'ai là-dessus mon idée, et j' parierais — Voulez-vous que je vous dise, monsieur Perez ?
perez. Je ne suis pas curieux.
FRANÇOISE, continuant sans faire attention. C'est qu'il y a de par le inonde une belle dame qui n'a pas voulu de lui, et qu'il s'est fait ermite par sentiment... elle est joliment difficile par exemple... un si joli garçon, qui vous a un regard si doux et une voix qui va là, quoi! Pauvre jeune homme ! . . . Si seulement on savait le moyen de le consoler un peu!... Il faudra que je cherche.
perez Et ton mari, Françoise?...
FRANÇOISE. Merci, monsieur Perez, je l'avais oublié, et vous m'y faites penser... je suis là à babiller, et il m'attend... Mais voyez le solitaire, je vous le conseille, et je gage que vous le trouverez comme moi bien genti et bien à plaindre.
perez. Ca m'est bien égal... Mais vat'en, voici ma maîtresse.
Françoise. Oui, je me sauve , parce que, si je tardais plus long-temps, mon homme croirait que j 'ai pris le chemin le plus court, et alors il se permettrait peutêtre des libertés cpii ne seraient pas de mon goût. Adieu, monsieur Perez, c'est-à-dire à demain.
Au moment où Françoise sort par le fond, Rita et Sannois descendent le perron, suivis de deux valets qui demeurent au fond du théâtre.