‹ ThéâtreChapitre 684 sur 846 · SANNOIS, RITA, PEREZ · texte numérisé non relu

SANNOIS, RITA, PEREZ

sannois. Oui, duchesse, je vous le répète, c'est mal à vous de résister à mes prières... demeurer ainsi loin de la cour, loin du monde, dans ce pays reculé, pres-

' que inconnu... c'est une mort anticipée, et pour vous, à qui l'avenir offre tant d'années d'une vie heureuse et belle, ce n'est pas encore le temps de songer à mourir... D'honneur, vous avez tort... Vos ennemis font courir des bruits fâcheux sur votre longue absence.

rita. Je ne tiens qu'à l'opinion de ni€S

m amis.

MAGASIN THEATRAL

SANNOIS. Eh bien! vos amis, et j'ose me placer on première ligne, vos amis se demandent si vous n'avez pas assez expié par un an de solitude une catastrophe que vous n'avez pu prévenir, et qu'il faut oublier enfin , comme on oublie toutes les misères humaines... la mort du chevalier de Vaudray.

RITA. Oli ! monsieur, vous venez de rappeler les souvenirs les plus cruels à mon cœur, de me reportera des jours queje voudrais pouvoir effacer de ma vie... Infortuné Jules de Vaudra y !... et trois jours après, la pauvre comtesse, sa malheureuse mère... morte aussi sous mes yeux.... de douleur, la mère et le fils... morts tous deux... pour moi... à cause de moi!...

perez. Ma chère et bonne maîtresse, qui pourrait, qui oserait vous accuser?... Tous savent le généreux sacrifice auquel vous aviez consenti : sans pouvoir partager l'amour de ce malheureux insensé , vous cédiez aux larmes de sa mère, et vous consentiez à être sa femme... Dans ce cruel événement, il n'y eut que du malheur, de la fatalité, et si quelqu'un pouvait affecter de dire, de penser le contraire, à celui-là on crierait à l'instant de toutes parts : Tu as menti ! ( II semble adresser ces mots à Sannois ; mouvement de colère de celui-ci. Ferez n'a pas l'air de le comprendre cl continue en le regardant en face.) N'est-il pas vrai, monsieur le marquis de Sannois?

SANNOIS, qui a repris tout son sang-froid. Certainement... certainement, si la calomnie osait se faire entendre, les défenseurs ne vous manqueraient pas, madame ; moi le premier, moi, votre ami, je réclamerais, pour récompense de mon dévouement inaltérable, la faveur de prendre en main la cause de votre honneur outragé... et vive Dieu! il faudrait bien que la calomnie fit silence.

rita. Je vous remercie, et je vous crois.

ferez, à part. Moi, je ne le crois pas du tout.

rita. Mais on se trompe étrangement, monsieur, si l'on pense que j'aie quitté Versailles pour échapper aux propos haineux d'un monde corrompu que je méprise....

Non, tel n'a pas été le motif de mondépart. Je suis partie uniquement afin de ne plus voir des lieux où le destin s'est servi de moi pour briser deux existences... voilà tout. Je n'ai pas fui les interprétations, le scandale dont bien d'autres à ma place se seraient fait gloire ; je me suis réfugiée dans le silence de la retraite, pour y retrouver delà force et du courage contre ma douleur.

Et si aujourd'hui, si plus tard je reparaissais à la cour, soyez-en certain, je serais forte en face de la calomnie, parce que je n'admets pas que la calomnie puisse m'atteindre; en face du monde aussi, parce que je n'accepte pas le monde pour mon juge. Je n'aurais pas non plus besoin de mettre à l'épreuve le dévouement de mes amis... A quoi bon? mon défenseur, à moi, mon juge, c'est n>a conscience5... et tant qu'elle m'absoudra, je n'en veux pas d'autre.

PErez, à /art. Attrape, courtisan.

RITA. Mais vous oubliez cette promenade pour laquelle vous sollicitiez hier avec tant d'ardeur mon consentement.

SANNOIS. Dans votre intérêt... pour vous distraire... c'est bien peu, mais faute de mieux... où irons-nous?

RITA. Décidez.. .

SANNOIS. Eh bien! là-bas, à l'extrémité du village, auprès de la vieille abbaye, ou, si vous l'aimez mieux, du côté de la tour de Koatven... c'est à un quart de lieue tout au plus... et peut-être nous sera-t-il accordé de rencontrer ce mystérieux personnage qui excite autour de nous tant de curiosité.

rita. Ah ! le solitaire.

SANNOIS. L'auriez- vous déjà vu. madame la duchesse?

rita. Jamais, et vous, marquis?

sannois. Lue fois, de loin, dans une de mes excursions matinales — il m a paru jeune encore, si j'en juge par sa démarche ; du reste, je n'en sais que ce qu'en sait tout le monde, qu'il est là, rien de plus... A mon avis, c'est un fourbe ou un insensé'".

rita. Et toi, Perez, qu'en penses-tu?

PEREZ, s' avançant. iMoi, madame, je croirais plutôt que c'est tout simplement un homme malheureux.

SANNOIS, avec ironie. Ce serait plus intéressant.

rita. Perez pourrait bien deviner juste: Jeune et choisissant pour demeure, pour tombeau peut-être, une tour en ruines.... se cachant des hommes, et fuyant tous les regards, il y a là un mystère étrange, un secret, une grande douleur, ou un grand remords... Ne riez pas, monsieur de Sannois.

SANNOIS. Ah! permettez-moi de vous dire que votre imagination est 1 ien prompte...

rita. Que voulez-vous? j'aime l'extraordinaire, et je gagerais pour une de mes deux suppositions.

sannois. Eh bien, raison de plus pour çssayer de le voir? afin de juger par vous-

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