‹ ThéâtreChapitre 701 sur 846 · PEREZ, ANTOINE · texte numérisé non relu

PEREZ, ANTOINE

Antoine. Cela est donc bien vrai , monsieur Perez ?

VRiiEi. Quand je te le dis!

Antoine. Il y a un mois que madame la duchesse est de retour à Versailles, et nous l'ignorions.

l'EREZ. H fallait te consulter peut-être...

ANTOINE. Et pendant tout ce temps , renfermée sans cesse dans son oratoire ? cllfi ne voyait f ne recevait personne ?

perez. Personne que moi...

Antoine. Et ce soir , elle renonce enfin à la retraite pour donner encore une soirée, une fête aussi brillante que celles d'autrefois.

perez. Sans doute , un bal masqué , puisque nous sommes en carnaval... n'estce pas une époque de joie et de folie? et ce jour n'est-il pas heureusement choisi par la duchesse pour revoir toutes ses anciennes connaissances de Paris et de Versailles?

Antoine. Toutes? nous aurons les mêmes invités ?

perez. A peu près... Il y aura de moins M. le marquis de Sannois , mort dans un duel; mais, à sa place, nous aurons le jeune et brillant duc de Richelieu ; quant au chevalier Jules de Vaudray, que tu as vu tomber sous cette fenêtre , il sera remplacé par son frère, le comte Hemidj Vaudray, l'espoir de la marine française.

ANTOINE. Vous comprenez bien , monsieur Perez , que peu m'importe de savoir les noms de tous les gentilhommes que nous recevrons ce soir ; mais je suis étonné, stupéfait que notre bonne maîtresse songe maintenant à donner un bal.

PEREZ. Etonné... pourquoi donc ?

ANTOINE. Pourquoi?... il y a une heure, lorsque, pour la première lois depuis un mois, elle s'est décidée à sortir de son oratoire... je l'ai vue... elle se croyait seule encore en traversant la galerie qui conduit à ce salon... mais, moi, j'étais là... j'avais voulu être un des premiers à me trouver sur son passage; pu:s, quand je lus à quelques pas d'elle , ]c m'arrêtai effrayé malgré moi de sa pâleur et de son agitation... elle marchait à pas précipités... ses yeux lançaient des flammes... puis elle se laissa tomber comme épuisée de fatigue, et sa bouche murmura des mots sans suite, dont je ne pus entendre qu'un seul : vengeance!... Qu'est-ce que cela signifie , et de quelle vengeance veut- elle donc parler ?

PEREZ. Tais-toi! tais-toi! j'entends tout, je vois tout , et je ne sais rien... fais comme moi.

Antoine. Vous avez raison , maître Perez... oh ! ce n'est pas de la curiosité... mais j'étais ému, je pleurais de voir madame la duchesse dans cet état... et voilà pourquoi je suis venu vous demander si vous ne vous étiez pas trompé en ordonnant les apprêts d'une fête. . .

terez. Ton devoir est de te taire et d'obéir... Ah! la voici! je l'attendais... va-t'en.

ANTOINE. Toujours aussi triste que toutà-lheure.

perez. Pas de réflexion... chacun de nous à son poste... le mien est ici... le tien là-bas ; va-l'en.

Il le pousse dehors par le fond. Entrée (le la duchesse par une porte latérale; elle est en néglige de couleur très- sombre.

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SClilNE II.

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