SCENE III
Les âIèmes, ANTOINE, puis un envoyé de Richelieu.
A\TOI\E , annonçant. Un messager de 31. le duc de Richelieu.
rita. Qu'il entre... Demeure, Perez , demeure... mais, quoi que tu entendes, ne mets pas en doute un instant l'honneur et la fierté de ta maîtresse... mon ame a pu être brisée, mais jamais avilie; pour me bien juger, attends. {Le messager entre, salue, et remet respectueusement une lettre cachetée à la duchesse, qui, d'un geste , l'invite à demeurer un instant au fond du salon. Parcourant des yeux la lettre après avoir jeté l'enveloppe. ) Ah ! qu'ai-je lu ! Tiens, ami.
Elle donne la lettre à Perez, s'assied, et lui fait signe de lire.
PEREZ, lisant : « Depuis un m ois, madame » la duchesse, je n'ai épargné, pour vous » plaire, ni mes soins, ni mon crédit. Non » seulement je suis parvenu à rentrer en » grâce auprès de monseigneur le régent, » mais, pour vous, j'ai sollicité ce que » je n'eusse jamais fait pour moi-même. » "Vous m'avez demandé que M. Henri » de Yaudray, simple officier de marine , » fût promu au grade de capitaine de fré- » gâte... je l'ai obtenu; puis, qu'il fût » nommé capitaine de vaisseau, je l'ai ob- » tenu encore... » ( Ferez interrompt sa lecture avec surprise:) Comment!... c'est vous , madame...
rita. Moi , qui sollicite pour mon ennemi... Déjà tu ne peux modérer la surprise... Songe à ta promesse. Attends.
PEREZ. C'est juste. ( // reprend sa lecture. ) m Aujourd'hui vous voulez qu'il » soit appelé au commandement d'une » escadre, et nommé chevalier des ordres » de sa majesté... ( Nouveau mouvement
d'élonnement de Perez. Il continue. ) « Ma- » dame, lorsque j'obéis en aveugle à » toutes vos volontés, ne ferez-vous » lien pour moi ? Je vais faire de nou- » velles démarches auprès du prince et » du cardinal-ministre. Henri de Vau- » dray sera chef d'escadre, je vous le pro- » mets ; il sera chevalier des ordres du » roi, je le promets encore, si vous daignez » remettre à mon envoyé , comme gage » de l'espérance qu'il m'est enfin permis » de concevoir, l'anneau que vous portez » à votre doigt... ( Ici Perez s'interrompt » encore, et dit en souriant : ) Ah ! rien que » cela... c'est juste... faveur pour faveur... » à la cour de Versailles tout se vend... » on ne donne rien pour rien. ( achevant » lu frltre : ) A ce prix, vous aurez la place » et le titre de votre protégé, et trois jours » après sa nomination i escadre qu'il va » commander devra mettre à la voile. J'at- » tends votre réponse, madame, avant de » présenter son brevet à la signature de » son éminence, puis à celle de son altesse » royale. >» ( Se retournant vivement vers la duchesse, après avoir lu :) Votre réponse... Sans doute, ma bonne maîtresse, vous allez déchirer cette lettre et en renvoyer les morceaux à son excellence.
rita. Non. ( Elle fait signe au messager de s'approcher. ) Vous remettrez cet anneau à M. le duc...
Elle tire une bague de son doigt et la donne à l'envoyé'; celui-ci salue profondément et sort. Stupéfaction de Perez.
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