‹ ThéâtreChapitre 705 sur 846 · RITA, PEREZ · texte numérisé non relu

RITA, PEREZ

PEREZ. Eh bien ! madame , que dois-je croire?... Cette épître du maréchal , cet anneau...

rita. Cet anneau , lorsque son excellence viendra me le présenter, lorsqu'il réclamera sa victime...

peuez. Eh bien ?

RITA. Eh bien!... ( Montrant le masque noir sur sa toilette : ) L'effet de ce masque est certain, n'est-ce pas?

PEUEZ, se plaçant entre elle et la toilette. Oui, madame, je vous l'ai dit ; mais... ce sont d'indicibles souffrances , suivies d'une misère de toute la vie... et je serais coupable si je ne cherchais à vous en préserver, au risque même de vous déplaire...

rita. Je te le demande encore, es-tu bien sûr de ta science , Perez ?. .. Cette préparation dont tu m'as dit tenir le secret d'un Arabe... peux-tu me répondre qu'elle ne manque pas à l'exécution de mes projets ?

MAGASIN THEATRAL

que se; résultats soient prompts , infaillibles , et surtout irréparables ?...

perez. Oui, madame... ô mon Dieu!

mon Dieu !... ma conviction n'est que trop profonde... L homme qui m'a appris un tel secret , je l'ai vu infliger ce supplice à l'une de ses esclaves... La pauvre femme 1 ah! vous en eussiez-eu pitié !... ainsi que moi, vous eussiez demandé sa grâce... mais il était inflexible pour elle comme vous voulez l'être pour vous, madame...

alors sa victime s'arma de tout son courage, de toute sa résignation... elle releva la tête et la présenta à ses bourreaux... quelques minutes après qu'un masque ainsi préparé eut été appliqué sur son visage , la souffrance aiguë qu'elle endura fît tressaillir son corps; mais elle ne jeta pas un cri de douleur... elle eut la force de tenir elle-même cet appareil... de supporter sans plainte et sans murmure cet horrible déchirement de son visage... Oh ! comme elle était changée !.. je ne l'aurais pas reconnue si un instant mes yeux l'eussent perdue de vue... tous ses traits étaient décomposés, flétris... ses yeux devenus ternes et livides... cette figure, si belle , si brillante encore naguère de fraîcheur et de santé , n'offrait plus que l'aspect de la mort, mais d'une mort hideuse, épouvantable... en ce moment avait cessé la douleur physique de la pauvre esclave, et son courage n'avait point faibli un instant , lorsque son maître lui présenta un

miroir et c'est à cette épreuve que

devait succomber toute son énergie...

je la vis reculer avec horreur , pleurer , puis rire tour à tour , mais d'un rire affreux , et qui faisait peine à entendre... et depuis ce moment elle était folle!... rita. O ciel!

perez. Oui, la perte de sa raison a suivi celle de sa beauté... et voilà, madame, voilà le supplice que vous vous préparez... pour accomplir vos projets de vengeance. . . projets que je ne puis comprendre encore... Un homme vous a indignement outragé , et, Lorsque vous avez, dans vos mains tous les moyens de le perdre, vous refusez de vous en servir... cet homme, vous l'élevez au comble des honneurs et de la fortune... et c'est vous, vous seule que vous frappez, madame !

RITA. Moi seule? peut-être... niais je me frappe la première... il le faut , et je suis prête à tontes ces douleurs que tu viens de dépeindre... oh! je ne perdrai pas la raison, moi, puisque je l'ai conservée le jour mèineoùj'aiété insultée publiquement dans la tour de Koatven... Est-ce qu'il

peut y avoir une torture comparable à '• celles que j'ai souffertes? Mais cette beauté dont je fus long-temps orgueilleuse, elle a fait mon malheur... je lui dois ma faute et mon outrage , et je veux m'en punir en la détruisant à jamais... puis, je ne craindrai plus alors que le noble duc de Richelieu vienne me rappeler ma parole... car en moi ce n'est que la femme jeune et belle qu'il aime... et il ne trouvera qu'un spectre semblable à celui de l'esclave dont

tu m'as raconté l'infortune Donne,

donne ce masque.

perez. Ah ! vous me faites frémir, madame... par pitié pour votre vieux serviteur...

rita. Perez, hier encore, tu m'as juré, par l'ame de mon père, que tu ferais ma volonté...

perez. Oui, votre volonté, dussiez-vous me demander ma vie ; mais la vôtre'.. . oh ! non, non, madame ! Bientôt, ce soir peutêtre, vous me maudiriez pour vous avoir obéie, pour n'avoir pas été parjure... Eh ! qui sait? ce soir... lui, M. de Vaudray, vous le verrez à vos genoux... et, si dès à présent vous pouvez être assez grande, assez généreuse envers lui pour le combler de biens... que sera-ce quand il vous demandera pardon de ses outrages? quand il vous dira qu'il vous aime toujours?...

rita. Ah! tu as raison, Perez. Je pourrais le croire encore, et malgré moi... je me surprendrais peut-être à l'aimer moimême... Je ne le veux pas, non, je ne le veux pas, et pour m'en préserver. ..

perez. Arrêtez! ô ciel! qu'allez-vous faire?

Elle entre vivement dans la chambre à gauche. En ce moment les portes du foud s'ouvrent; on voit les salons éclaires, des seigneurs et des dames en masque et en domino ; Henri de Vaudray est au milieu d'un groupe avec son uniforme d'officier de marine. Rita rentre immédiatement en scène, tenant à la main le masque qu'elle a e'tè prendre dans la chambre voisine ; elle le regarde avec effroi, hésite encore à s'en couvrir le visage, lorsqu'elle aperçoit Vaudray.

RITA, à l'erez , uui cherche à retenir son tuas. Ah! c'est lui! cVst lui!.. Tiens, désormais , je suis à l'abri de son amour !...

Elle applique le masque sur son visage, et elle sort par la porte à droite, qui conduit à son boudoir, au moment même où. Henri de Vaudray patuît sur le seuil de la porte du milieu.

IUTA L'ESPAGNOLE

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