SCENE PREMIERE
PHILÉAS; puis MARIE et Mme VIL- LETTE, Paysans.
PHILÉAS, arrivant de lu chamorc de gauche. J'espère qu'en v'ià une fameuse de mairie...
M™6 Yillelte et Marie entrent.
Jlme VILLETTE, à Ma'ie, en sowiant. Ce Philéas se donne-t-il du mal...
MARIE, de même. Ali ! dam, il travaille là pour lui ; n'est-il pas le fiancé de Jacqueline''
Mme villette. Au fait, je ne pensais pas à ça , il y a si long-temps que leurs
MAGASIN THEATRAL
bans sont publiés. .. Pauvres enfans, ils seront donc mariés enfin!...
PHILÉAS, arrangeant lui-même la table, puis montrant les registres de l'état civil, qui sont sur la table. Et ces livres-là? ce sont les registres de l'état civil... Je les laisse
là, M. l'maire les casera à sa guise
quant à ces deux cadres... (prenant deux cadres grillages, également sur la table) on c' que not' bonheur à tons est affiché à tour de rôle... faut les placarder quelque part .. Ah! des deux côtés de cette
porte.
Il montre la porle du fond, deux paysans prennent les cadres, et les mettent en place.
*Mme vii.lette. Un bon clou... que ça soit solide; les promesses de mariage, n'estce pas, Pliiléas? il faut qu'elles tiennent!...
pniLÉAS. Bien dit, madame Yillelte , bien dit! y est 1' caleinbourg.
Mme villettE. Hé! hé! que veux-tu?...
il faut bien avoir quelquefois le petit met pour rire!... Et d'ailleurs aujouid hui... le ne sais pas ; mais je me sens toute guillerette... oui, j'ai le cœur content... je suis heureuse.
philéas. Ah ! je sais ben, madame fillette, d'où vous vient c' bonheur- là... c'est qu'il est ici, hein?
Mme villette. Et qu'il doit y rester deux à trois mois!...
philéas. Vrai ! eh ben! tant mieux...
C'est un si bon enfant, monsieur Georges!
Mrae villette. Oh ! oui, il est bon !...
philéas. Eh ben! c'est dans le lait, ça, voyez-vous, madame Villette... Oui... nos qualités... nos défauts... tout dépend du lait d'une nourrice... c'est mon idée du moins... Et comme vous êtes une excellente femme, madame Villette, il est tout simple, tout naturel, que 1' fils de M. Duveruey... que M. Georges soit un excellent garçon ; et puis après ça , il a toujours eu sous les yeux de bons exemples ; car on dit que son père, M. Duverney, est lui-même un brave et digne homme!.... Ah çà! à propos, savez-vous qu'il fait bien les choses, M. Duverney ! Quoi ! il ne se contente pas de donner sans rétribution cette partie de son château peur loger la mairie, qui était jusqu'alorsdans une mauvaise barraque ouverte à tous les vents, il veut encore la meubler de tous les ustensiles nécessaires, rien n'y manque... encre et papier, plumes et canif, en v'ià d'ia générosité!... A la vérité, qu'est-ce que c'est qu' ça pour lui?... Il est si riche! un grand banquier de Paris! un député bentôt! oui, on l'élit aujourd'hui ou demain à Saint-Denis....
* Marie, Mmc Villette assise, Philéas.
Oh ! il n'peut pas manquer d' l'être, les électeurs l'veulent, par aimi j'n'aurons qu'à d'mander des canaux, et îles chemins de fer, pour aller chercher d^s cerises a Montmorency. Mais dites donc, madame Villette, si c'était lui qui s'rait not' maire?...
Mme villette. M. Duverney!
philéas. Mais non, il n'aime pas assez Orniesson pour ça... A preuve qu'il n'y vient jamais... y a plus de vingt ans qu'il n'y a pas mis le pied. Au fait, c'est pas étonnant, c'château n' lui rappellerait que d' tristes souvenirs ; c'est ici qu' sa femme est morte, sa première, une brave dame... Madame Villette l'a ben connue ; n'est-ce pas, madame fillette, que c'était une bonne dame, que la première femme de M. Duverney?... Eh ben! que qu'vous avez donc, madame Villette?... vous étiez gaie tout-à-1'heure , et vous v'ià triste comme tout... Comment ça ?... pourquoi ça ?.. .
* MAP.IE, qui est passée auprès de Philéas. Maladroit... tu viens de parler d'une époque qui est toujours pour elle un sujet de tristesse et de larmes...
PHILÉAS, à mi-voix à Marie. Oh! c'est vrai... j'y suis... c'est à c' moment- là qu'elle a peidu son enfant!... Pardon, j'y pensais plus! (Haut à Mme fillette.) Allons, allons, madame Villette, chassez-moi toutes ces idées là.
Mme villette. Hélas!...il y a des impressions qu'on ne peut surmonter !...
marie, à l\lme Fillette.. Et votre santé s'altère de ces émotions-là !...
philéas. Que diable, faut s' faire une raison. On n' doit pas pleurer toute la vie... un enfant qui venait d' naître... Allons, voyons, plus de tristesse, plus de chagrin; et puis pensez donc, madame Villette, qu'au jour d'aujourd'hui je ne dois voir autour de moi que des figures gaies et heureuses, parce qu'enfin tout m' dit que Y sommes à la veille d'avoir un maire, et que j' suis alors à deux doigts de mon mariage avec Jacqueline... Dieu... de Dieu !... en v'ià un mariage qu'a été long à finir. Aussi en ai-je fait. . . en ai-je fait de ce mauvais sang... et Jacqueline donc, pauvre fille... elle qu'avait des joues vermeilles et fraîches comme ses cerises , elle n'est plus reconnaissable : vrai , elle fait peur à voir. ..tiens... tiens... mais je n' me trompe
pas... c'est sa voix... c'est Jacqueline
Pauvre fille! elle chante! c'est pour pas pleurer...
* Mrae Villette, Marie, Philcas.
PAUVRE MÈNE