‹ ThéâtreChapitre 736 sur 846 · ARTHUR, GEORGES · texte numérisé non relu

ARTHUR, GEORGES

GEORGES. Maintenant , Arthur , à nous deux ! il faut m'expliquer ta conduite envers cette jeune fille... tu gardes le silence... eh bien ! je parlerai pour toi... tu la pressais de répondre à tes coupables désirs; et sans respect pour son âge , pour sa candeur, tu lui faisais entendre des paroles. . . au moins inconvenantes... mais Marie a été élevée dans la maison de notre père... et trahir la sainte loi de l'hospitalité , abuser de la triste position de cette enfant , Arthur , ce n'est pas là l'action d'un honnête homme.

ARTHUR. Mon cher ! mes affaires ne re-

gardent personne. . .et je trouve fort étrange qu'on s'arroge le droit de me censurer.

GEORGES. Comme frère, j'aurai toujours le droit de t'empècher d'être coupable.

ARTHUR. Oh! brisons là, s'il vous plaît! GEORGES, ironiquement. Au fait, j'ai tort : un jeune homme comme toi , lancé dans le grand monde , tout lui doit être permis! oui, quand on suit la mode...

quand on l'invente même... quand on assiste à toutes les courses de chevaux, qu'on est du club des jokeys, qu'on est membre du casino , on ne doit pas trouver une femme qui vous résiste : on peut impunément , fatigué des conquêtes de la ville, venir au village séduire une pauvre jeune fille et rire après de ses larmes , de son désespoir et du déshonneur de sa famille... n'est-ce pas , Arthur , que c'est là un noble passe-temps ? (S* approchant d'Arthur et lui prenant la main avec bonté.) Arthur, je ne trouverai donc jamais en toi un frère... un ami... et pourtant près de toi, avec toi, j'aurais été si heureux de pouvoir oublier la dureté de mon père... car tu sais comme il en agit à mon égard"., il semble que je ne suis pour lui qu'un étranger... abandonné , délaissé , réduit au strict nécessaire , je suis encore à connaître, moi , ce qui fait à mon âge le charme de la vie.

ARTHUR. Parce que tu l'as voulu. . . parce que tu le veux ainsi.

GEORGES. Eh! le puis-je! la générosité de mon père viendrait-elle au-devant de mes désirs comme elle est soumise à tes moindres caprices ?.. . non que j'en éprouve une injuste jalousie! que mon père n'aime que toi... ce n'est pas ce dont je me plains ici... je me plains de n'avoir pas trouvé dans la bonté de ton cœur un dédommagement à mes douleurs de fils; car enfin es -tu jamais venu à moi?... m'astu dit une seule fois : Ami, notre père me prodigue tout et te prive de tout ; je veux réparer une injustice que je condamne , entre nous tout doit être commun , tiens , partageons. Voilà ce que tu n'as pas fait... Mais, Arthur, ces torts que je te reproche, tu peux les effacer aujourd'hui... oui , tu peux me donner la preuve qu'il reste encore au fond de ton cœur quelque générosité... Arthur, renonce à tes projets sur Maiie... respecte-la... car je l'aime.

Arthur. Tu l'aimes ! nous sommes donc rivaux?

GEORGES. Rivaux ! oh ! non , car toi tu n'aimes pas Marie... lu veux la perdre... tu veux son désespoir... et moi... moi!., c'est son bonheur que j'ambitionne. Arthur, j'ai sur toi de tristes avantages, ceux

PAUVRE M ÈRE

que donne le malheur.., je n'ai pas été

comme toi soutenu dans la vie par les causses do celle à qui je dois le jour... par les encouragement de, mon père... j'ai vécu seul , continuellement seul ! j'ai pris au sérieux l'existence , niais la résignation n'a pas amené l'abnégation . et dans ma soli- | tude j'entretenais le culte des grandes choses par de grandes pensées... dans ma solitude les sentimens ont eu de profondes racines , et les impressions des effets ineffaçables... mon ame avait besoin d'un être qui pût la comprendre et en adoucir l'amertume... Marie s'offrit à mes regards , non plus comme la compagne de mes premiers jeux , mais comme l'ange qui devait me consoler de mes peines, car dès ce moment elle les partagea. Je ne fus plus seul dans la vie... l'avenir s'offrit à moi tout riant d'espérances... un amour véritable anima cette solitude dans laquelle j'avais langui jusqu'alors... Oui , j'aime Marie, je l'aime d'un amour saint et sacré , et sans qu'elle le sache , sans qu'elle s'en doute peut-être... car je veux ne lui faire connaître mes sentimens pour elle que quand je pourrai lui dire : Vous êtes sans fortune, mais vous avez des vertus... et cette dot vaut à mes yeux tous les trésors du inonde... Marie, je vous donne mon cœur et ma main... Marie, voulez -vous être ma femme?

ARTHUR. Ta femme ! en effet , il serait parbleu plaisant de voir le fils... le fils aîné de M. Duverney épouser une fille de village.

GEORGES. Mieux vaudrait la déshonorer , n'est-ce pas ?

ARTnt'R. Une fille qui ne possède rien.

GEORGES. Elle t'a prouvé au moins qu'elle avait des vertus.

ARTnUR. Eh! mon Dieu... est-ce que ce n'est pas la dot naturelle de tout enfant élevé par charité.

GEOBGES. Arthur , tais-toi.

Arthur. Les vertus de Marie ?. ..

GEORGES. Tais-toi, te dis-je.

Arthur. Si elle m'a résisté, c'était pour m'exciter davantage.

GEORGES. Tu mens.

Arthur. Si tu n'étais pas venu me déranger mal-à-propos , j'aurais eu comme toi , comme le premier venu, l'honneur d'un aveu et le profit d'un tète-à-tête.

GEORGES, ne se possédant plus. Tu mens, infâme ! tu mens. (Lui saisissant violemment la main.) Sens-tu bien l'importance de tes paroles?... Marie... la femme que j'aime... tu l'as offensée devant moi... rétracte ce que tu viens de dire.

artiiur. Allons donc !

GEORGES, qui dans sa violence l'a forcé à plier le genou en terre. Rétracte-loi, te dis-je!

ARTMTR. Jamais !

GEORGES. Jamais! Ah ! si tu n'étais pas mon frère... ma main t'auraitdéjà châtié...

coopoaeeQ90iao»sa»oo8®6aooaoooooMogoaoosQQ oo

Page 1