DUVERNEY, CARPENTIER
CARPENTIER. Ah ! m'a-t-on dit vrai?.,.
les électeurs les plus influens de Saint- Denis vous ont écrit ?
duverney. Oui ! niais les nouvelles ne sont pas rassurantes... On s'acharne à me barrer le chemin de la tribune ; mes envieux... lisez !...
Il remet la lettre à Carpentier, qui la lit des yeux et qui, tout en la lisant, répond à ce que dit Duverney.
Carpentier. On n'envie que le mérite...
ça ne peut pas vous nuire!...
DUVERNEY. Mes ennemis sont nombreux.
CAUPENTIER.
A vaincre sans périls , on triomphe sans gloire.
DUVERNEY. C'est une lutte terrible....
en sortirai-je vainqueur ?
Carpentier. Il ne faut pas en douter.
DUVERNEY. Ils ont contre moi des armes...
Carpentier. Yous avez pour vous des bastions, la grande propriété; voilà les grosses pièces d'artillerie de la guerre électorale.
DUVERNEY'. Ils savent le fond de mes affaires.
carpentier. Rien ne ressemble plus au mensonge que la vérité.
duverney. Et puis vous voyez ce qu'on dit à propos de Georges.
CARPENTIER, lui rendant la lettre Oui, et je trouve qu'ils ont raison.... cela est sérieux, très-sérieux !
duverney. Aussi suis-je décidé à éloigner Georges.
Carpentier. Et vous faites bien.
duverney. Aujourd'hui même il partira...
carpentier. Il y consent?...
duverney. Je vais le faire prévenir.
Carpentier. Eh vite ! à quoi songezvous?... Il y a des projets qu'il faudrait faire exécuter avant qu'ils fussent conçus, s'il était possible.
Il sonne, un domestique paraît.
DUVERNEY, au domestique. Dites à Georges que je veux lui parler, qu'il vienne à l'instant même.
Le domestique sort.
Carpentier*. Employez la douceur
Où allez-vous l'envoyer?
DUVERNEY. En Italie.
carpentier. Yous n'y songez pas....
Que voulez-vous éviter en éloignant
Geor
ges;
qu'on puisse s insinuer dans
son esprit... le circonvenir, n'est-ce pas ? Eh bien ! en Italie on rencontre toujours
quelqu'un de connaissance c'est trop
près.
duverney. En Afrique?
carpentier. Mauvais!... Alger est un faubourg de Paris... Il nous faut, un pays où peu de visiteurs se rendent, si ce n'est la peste, le typhus, le choléra, ou la fièvre jaune.
duverney. Mais tout cela c'est la mort!
Carpentier. Ah dam! nous sommes tous exposés à mourir... Dites- moi un peu : n'étiez-vous pas en relations d'affaires avec cette maison du Sénégal qui vient de faillir?
DUVERNEY. Oui.
carpentier. Eh bien! il faut envoyer Georges au Sénégal... vous aurez un prétexte plausible... Un correspondant qui a suspendu ses paiemens...
duverney. Mais cette maison ne me doit rien... je ne suis pour rien dans cette faillite.
Carpentier. Yous direz le contraire à Georges... vous ajouterez même que vos
* Carpentier, Duverney.
PAIYKE MÈRE !
mit rôts sont gravement compromis par ce fatal événement... qu'il y va de votre fortune ou de votre ruine — Je connais Georges, il n'hésitera pus à partir.
DUVLRNEY. Oui, niais mie chose m'inquiète et nie préoccupe, c'est M",e Yillelte.
< . yrpentier. M"" Yillette?
duverney. Nevous sou vient il plus d'un certain écrit?
CARPENTIER. Quel écrit ?... Ah! oui....
Ne vous tourmentez donc pas de cela.
duyerney. Toujours le même — vous avez une manière de traiter les choses avec une légèreté...
CARpentier. Oui, c'est une manière.
duyerney. y ous jouez avec tout, même avec le déshonneur — car, vous ne sauriez le dissimuler... cet écrit, s il était connu, nous déshonorerait l'un et l'autre.
Carpentier. Mais il y a une troisième personne impliquée dans cette affaire, et cette troisième personne a un puissant intérêt à ne pas faire usage de cet écrit
donc, je suis parfaitement tranquille.
DUYERNEY. Jusqu'à ce jour... j'ai pensé comme vous... car sans cela je n'aurais pas négligé, depuis vingt ans, desonger aux conséquences de cet écrit... mais dans la position où je nie trouve aujourd'hui, il faut de la prudence... beaucoup de prudence... Oui, je veux avoir ce fatal papier... je le veux!
Carpentier. Vous l'aurez !
DUVERNEY. A ous la déciderez à le rendre?
CARPENTIER. Je ne vois pas la nécessité de la consulter !
DUYERNEY. Expliquez-vous.
CARPENTIER. Avec ce que vous appelez ma manière, j'arrive à faire tout ce qu'il faut... vous devriez le savoir... Ecoutezmoi... On n'a jamais besoin de dire à personne ce qu'on pense ; il suffit que les autres croientà ce que vous voulezbiendire... par un hasard que vous qualifierez comme vousle voudrez, j'entretenais, iln'y a qu'un instant, Mme Yillette sur l'écrit en question... et comme si j'avais pressenti toutes vos inquiétudes à ce sujet, j'ai feintde faire cause commune avec elle... c'est encore une manière qui me réussit quelquefois !
duverney. Eh bien ?
CARPENTIER. J'ai pénétré tous ses secrets, j'ai su tout ce que je voulais savoir.
deyerney. A merveille!
CARPENTIER. L'écrit est enfermé dans un petit coffret, et ce coffret, dans la crainte d'un enlèvement ou d'un nouvel incendie, est caché en terre dans le jardin.
DUYERNE y . En quel lieu ?
CARPENTIER. Je l'ignore. (A part.) Je le sais bien, mais trop parler nuit souvent.
DUVERNEY. Mais comment ferez-vous pour vous rendre maître de ce coffret?
CARPENTIER. Eh! mon Dieu! rassurezvous, les choses impossibles se feront.... les choses possibles sont faites... Je vous quitte... Ne vous faut-il pas ce chiffon de papier?... sans cela il deviendrait le spectre de vos nuits. . . et un bon député doit dormir tranquille !
Il sort.