C.aupentieu. On m'avait dit qu'il était au jardin
JACQUELINE. C'est possible qu'il y soit, mais je ne l'ous pas aperçu... Ali! tenez, le v'ià, regardez là-bas — c'est ben lui.... il vient de ce côté... non... ah! si fait, oui, oui, il vient, il va être là tout-à l'heure * ; moi, j' vous quitte... j' vas cueillir mes cerises, parc' que, voyez-vous, tous les ans c'est moi qu'achète la récolte de M. Du-
* Carpentier, Jacqueline.
MAGASIN THEATiiAL.
verney; beaux fruits, allez!... gros comme des noix, et doux comme miel. Aussi, drès que j'arrive à Paris, ils m'entourent tous :
Jacqueline par ci, Jacqueline par là
c'est à ne plus s'entendre, chacun veut de mes cerises... Ali! les Parisiens ; ils sont malins et connaisseurs, les Parisiens... Il y a des gens qui disent le contraire... mais c'est des imbéciles ceux-là... moi, j'apprécie les Parisiens, j'aime les Parisiens, vivent les Parisiens !
Elle soit.
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CARPENTIER, DUVERNEY
DUVERNEY. Eh bien, Carpenlier, cette femme est-elle enfin apaisée?... Georges est-il parti?
carpentier. Il est parti !
DUVERNEY. Que Dieule conduise!
11 va s'asseoir préside la table.
CARPENTIER. Vous avez sagement fait de suivre mon conseil... d'éviter cette scène de séparation... Quand Georges est monté en voiture, Mme Villette ne se possédait plus... ses cris étaient affreux... ils ameutaient les paysans... comme la lionne, elle disputait son lionceau : C'est mon fils, disait-elle; demandez à M. Garpentier, il sait tout... J'étais là, on se tourne de mon côté, on semble me demander un témoignage...
DUVERNEY. Eh bien ?
CARPENTIER. J'ai regardé la pauvre femme d'un air d'inquiétude et de bonté ; j'ai suivi sesmouvemens, et du ton le plus ému, j'ai déclaré que la douleur venait de troubler sa raison... queMme Villette était folle.
DUVERNEY. On vous a cru?
CARPENTIER. Ne suis-jc pas médecin ?...
on doit toujours croire à la parole d'un médecin... (S7 asseyant ois-à-i'is de Duverney, sur le banc qui entoure te cèdre.) En ce moment, Georges, faisant un effort, s'est élancé dans la voiture , la nourrice s'est évanouie, et tandis qu'on la rappelait à la vie, je vous cherchais pour vous mettre au courant de tout ce qui s'était passé, et nous féliciter ensemble du départ de ce Georges, de ce Georges dont la présence ne devait que vous être pénible, et qui pouvait être un obstacle à votre noble ambition.
DUVERNEY. Ah ! il pouvait plus encore, il pouvait me ruiner.
CARPENTIER, avec un air d'incrédulité.
duverney. Ce n'est que !rop vrai... j'ai
fait de grandes pertes.... mon crédit seul me soutient encore... et c'est avec peine peut-être que je pourrais réaliser aujourd'hui les trois cent mille francs que j'ai
reçus en dot de ma première femme
Cette somme appartient à Georges... l'état civil est là; la loi le rend héritier de celle qui est sa mère aux yeux de la loi... mais Georges est parti, mais Georges ne reviendra pas de long-temps... s'il revient!... (// lève.)* Et d'ici là , nommé député... mettant à profit mes vastes connaissances... en finances surtout.... je puis refaire cette grande position de fortune!
Carpentier, à part. Ah! il en était réduit là !
duverney. Mais il y a cette femme...
cette Mmc Villette qui me trouble l'esprit*. Elle n'a plus en son pouvoir ce fatal papier... mais il y a toujours des gens qui croient le mal... Un jour, les journaux, la tribune même, peuvent devenir les échos des révélations de Mme Villette.
carpentier. J'ai pensé à tout cela....
je pense à tout, moi... nous verrons... ne vous inquiétez pas de si peu.
duverney. Oui, oui, vous avez raison. . . on est fort en l'absence de preuves ; et Mmc Villette n'a plus de preuves contre nous... Mais vous ne m'avez pas encore remis cet écrit que vous lui avez si heureusement enlevé... donnez-le-moi.
CARPENTIER , froidement. Oh! non!
DUVERNEY. Pourquoi donc?
CARPENTIER. D'abord je n'avais agi que pour vous , par pur dévouement dans vos seuls intérêts... je voulais vous remettre ce papier important... mais j'ai réfléchi... oui, j'ai pensé qu'il était mieux entre mes mains qu'entre les vôtres... Vous devez concevoir, mon cher... que je suis aussi compromis dans cette affaire... ma conscience peut un jour s'alarmer aussi... on ne sait pas tout ce qui peut arriver.
duverney. Ah ! je te comprends...
Carpentier. Eh bien! tant mieux...
DUVERNEY. Tu prétends m'efirayer , te rendre maître de moi à i'aide de cet écrit., mais il te compromet aussi, tu l'as dit.
CARPENTIER. Oui ; mais cela m'importe peu... je n'ai rien à perdre , moi.
duverney. Misérable !...
carpentier. Ah! les grands mots !.. .
j'en prends encore moins souci que du reste... (Se levant seulement là.) Comme à vous, Duverney , l'ambition m'est venue; mais mon ambition est inoins vaste que la vôtre. Vous aspirez aux honneurs , à la
* Duverney, Carpentier.
l'ALVKE MKRIi
fortune , et moi la richesse me suffit... 1
BcoUtes , voilà nies conditions : vous nie I donnerez cinquante mille lianes comptant.
D1 YERNEY. Cinquante mille francs !
i \kim \TlER.Pour le moment, c'est tout ce que j'exige de vous ; plus tard , vous m'intéresserez dans vos grandes spéculations commerciales... et quand j'aurai vingt-cinq mille francs de rente, je me contente de cela , je vous remettrai l'écrit qui peut vous ôter l'honneur et vous faire finir vos jours à Brest ou à Toulon...
duverney. Est-ce bien vous qui parlez, Carpentier?...
CARPENTIER. Il n'y a pas à balancer :
je suis dès ce moment contre vous avec Mrac Villette , ou contre M'ae Villette avec vous... vous avez entendu ?
DUVERNEY , avec une rage concentrée.
Oh!
CARPENTIER. Acceptez-vous ?. ..
du verne Y. Eh bien ! soit !
Mme VILLETTE , entrant du fond et les apercevant. A part. Ils sont ensemble ! CAr.i'ENTlER. Vous vous engagez...
duyerney. A tout ce que vous m'imposez.
Carpentier. De mon côté , j'agirai comme vous... avec la même bonne foi... c'est un nouveau pacte... solennel!...
DUYERNEY, tendant la main. C'est convenu.
CARPENTIER , donnant sa main. C'est convenu !