DUVERNEY , M- VILLETTE , CAR- PENTIER
Ils aperçoivent Mœe Villette et restent interdits.
Mme villette. Est-ce ma mort qui est convenue entre vous ? ma mort seule peut vous soustraire l'un et l'autre à ma juste vengeance. Vous avez donc compris que je vous accuserais partout , que je ne vous laisserais pas une heure de repos , que je dirais au monde qui vous êtes et ce que vous avez fait , car vous avez fait un faux sur les registres de l'état civil ; et c'est un crime cela. A ous riez , vous comptez sur l'impunité, n'est-ce pas... vous pensez qu'on n'ajoutera pas foi à mes accusations, je n'ai plus de preuve!... vous me l'avez dérobée... vous me l'avez volée... Oh!
mais , mon Dieu ! mon Dieu ! que vous avais-je donc fait à l'un et à l'autre pour me rendre aussi malheureuse ! . . . n'étaitce pas assez de m'ètre privée des caresses
d'un fils? N'était-ce pas assez de l'avoir vu sans cesse maltraité , souffrant humiliations sur humiliations? N'était-ce pas assez de l'exiler loin de moi , de l'exposer à une mort presque certaine ? Fallait-il encore qu'on l'arrachât de mes bras sans que je pusse lui dire : Georges, mon fils! adieu! adieu ! je suis ta mère? (Changeant brus- (jiiemenl de ton et avec colère.) Duverney , Carpentier , vous êtes deux infâmes !...
duverney. Vous ouhliez , madame , que vous êtes chez moi.
Mme villette. J'en sortirai , monsieur ; et si je ne l'ai pas fait encore, c'est que j'ai pris pitié de vous... c'est que j'ai présumé que mes justes menaces vous éclaireraient sur votre véritable position... c'est que j'ai pensé que vous me rendriez mon fils.... mais je le vois... vous ne redoutez rien... vous voulez tout braver... Eh bien! tremblez... mes accusations ne seront pas appuyées de preuves... mais elles n'en porteront pas moins sur vous, sur votre conduite une fatale lumière... Oui , malheur à vous !... Oh! mais non... la douleur m'égare , je suis folle !... ( A Duverney.) Monsieur, au nom du ciel, au nom de tout ce que vous avez de plus cher... au nom de votre fils Arthur... Ecoutez ! écoutez ma prière ! Georges est mon enfant. . . il est parti... je ne puis vivre sans lui... je veux le suivre... il ne quittera Paris que demain matin , j'ai le temps de le rejoindre, mais que je puisse lui dire que je suis sa mère; qu'd puisse en avoir la preuve... cet écrit... cet écrit... qu'il le lise une fois! une seule fois !
duverney. Ce que vous demandez là est impossible , madame.
Mme villette. Impossible ! Ah ! c'est que vous doutez de moi... vous avez la crainte que je n'abuse de cet acte... mais je n'exige pas qu'on me le confie... montrez-le-lui , vous ! ou si vous ne l'osez pas... que notre complice à tous deux, que Carpentier le porte à Georges , que Georges le lise, voilà tout.
Carpentier. Si vous n'aviez pas interrompu M. Duverney , quand il vous a dit que la chose est impossible , vous sauriez déjà que l'écrit n'existe plus... nous l'avons détruit. . . brûlé. . .
Mme villette. Malheureuse !
| Elle tombe sur banc qui entoure le cèdre. CARPENTIER, à Duverney. Vous, venez...
le moment est propice... épargnons-nous ses cris... ses doléances sans fin.
Ils sortent.
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