MARIE, M™ VILLETTE, PHILÉAS
Mme VILLETTE, entrant et appelant Marie. Marie!... Marie !...
MARIE, sortant de la maison avec une lanterne allumée à la main.Me voilà, manière.
Mme villette. As-tu tout disposé pour notre départ ?
marie. Tout est en ordre chez vous, ma mère ; il ne me reste plus qu'à monter dans ma chambre pour chercher ce que je veux emporter. J'aurai bientôt fait; mais est-ce que nous partons tout de suite, ma mère ?
Mme villette. Non, nous ne pouvons pas partir avant deux heures du matin.
marie, à part. Je respire!
philéas. Et comment vous en allezvous, madame Villette?
PAUVRE MÈNE
M"" vjllette. Par la voiture du père Pajet.
philéas, étonné. Par la voiture du père Pajet! Elle est cassée...
Mme villette. Je l'ai tant prié qu'il a trouvé moyen delà mettre en état... Mais voyons, ma fille... il est déjà tard, va vite disposer tes petites affaires , que tu puisses ensuite sommeiller quelques heures...
Va, va; moi, je tâcherai de reposer aussi.
pmléas. Oui, c'est ça... dormez à vot' aise; ne vous inquiétez de rien... je me charge de venir vous réveiller.
mme villette. Allons , Marie , à bientôt...
marie. A bientôt, ma mère!
miLÉAS. Moi, j'vas aller chercher mon fusil et faire ma ronde.
Philéas s'en va ; Mmc Villette rentre chez elle après avoir un instant suivi du regard Marie qui monte l1 escalier conduisant h sa chambre. Philéas a disparu, et MDle Villette est entrée chez elle ; mais Marie s'est arrêtée sur le seuil de la porte.
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SCEFïE XII.
MARIE , seule.
Moment de silence.
Philéas est parti... ma mère est rentrée. [Elle redescend l'escalier.) J'aurai bien Je temps plus tard de faire mes préparatifs de voyage. Mais si ma mère... oh! elle me croit dans ma chambre, elle ne viendra pas!... c'est qu'elle me demanderait les motifs de ma présence en ces lieux... à cette heure... et mon embarras à répondre... ses instances... ses soupçons peutêtre... tout m'obligerait à trahir le secret que Georges exige de moi... {Elle court à la porte de Mme Fillette, et après avoir écouté.) Je n'entends rien, tout est calme et silencieux. . . sans doute elle repose déjà; je n'ai rien à craindre; je puis demeurer, car c'est ici... ici même le lieu qu'il a désigné dans sa lettre. ..sa lettre!... (Elle la/ire de son sein.) La voilà! lettre chérie \...(Elle porte la lettre à ses lèvres.) Oh! que je la relise eucore{E/le litàla lueur de salanterne.)«Mai- » rie,vousavez vu comme ils m'ont faitquit- » ter Ormesson ; à peine si j'ai eu le temps » de vous dire un dernier adieu ; mais je » ne veux pas quitter la France sans vous » revoir, sans vous parler... car il faut » que je vous parle... il le faut absolu- » ment.. . Descendez, je vous en prie, des- » cendez à minuit dans le jardin , au » pied du vieux cèdre : j'y serai. Maispru- » dence et discrétion, même avec Mme Vil-
» lette! qu'elle ignore comme tous mon » retour à Ormesson! il y va du bonheur » de ma vie ! Adieu ! à minuit!... » (Maria presse encore plusieurs fois la lettre sur ses lèvres ; puis s' arrêtant comme frappée d'une réflexion soudaine.) Mais si je m'étais abusée... si je m'étais flattée d'un vain espoir... si ce n'est pas l'amour qui le ramène près de moi... L'amour!... Et qui a pu me faire croire?... je ne suis à ses yeux, comme à ceux de tous , qu'une pauvre paysanne sans famille... sans naissance... Lui, il a un nom, il est riche... Oh! j'ai été folle ! j'ai été folle !.. .
Et elle tombe sur le banc qui entoure le pied du vieux cèdre.
*eese@eeeeooseo3@3&@9eee eeeeseegeeoeeeewoo