SCENE XII
CARPENTIER , DUVERNEY
DUVERNEY , entrant du fond et l'apercevant. Le voilà !
CARPENTIER , apercevant Duverney. Duverney ! vous ici! à cette heure?... Mais qu'y a-t-il donc ?...
duverney. Rien.
Carpentier. Vous me rassurez.
duverney. Depuis que vous m'avez quitté, je ne suis pas sorti de chez moi.... je n'ai vu personne... et je voulais savoir de vous où en sont les choses.
Carpentier. Au moment où nous parlons , tout est fini peut-être.
duverney. Je vous crois.
Il va mettre le verrou à la porte du fond et à celles de droite et de gauche.
CARPENTIER \ Que faites-vous? A quoi bon toutes ces précautions? Nous n'avons plus rien à nous due qui nécessite cette prudence , ce mystère.
DUVERNEY, se croisant les Iras. Vous m'avez donc bien mal jugé ! Vous avez donc cru que j'étais un homme sans volonté , sans énergie?... Mais si je vous ai cédé... si je vous ai obéi dans tout ce qu'il vous a plu d'ordonner... c'est que la nécessité m'en faisait une loi... Mais maintenant nos rôles sont changés... à moi de commander, à vous d'obéir.
carpentier. Eh! mais voilà un étrange langage.
duverney. Vous avez en main deux écrits, l'un que vous avez dérobé à Mmc Villette , l'autre que vous venez d'exiger de moi pour établir vos droits à un partage égal dans la succession de Georges... Eh bien ! ces deux écrits , il me les faut, je les veux.
carpentier. Allons donc! par exemple!
oubliez-vous que ces titres sont ma garantie? je les ai , je les garde.
* Duverney, Carpentier.
MAGASIN THEATRAL
duverney. Vous me les rendrez !
CARPENTIER. N'y comptez pas.
duverney. Je ne puis consentir à laisser en voire pouvoir des titres d'une telle importance... mon honneur et ma fortune lesteraient à votre discrétion... je dépendrais toujours de vos caprices... Oh ! non, non, cela ne peut pas être, cela ne sera pas. Carpentier, je vous ai demandé ces papiers ; donnez-les-moi , ou malheur à vous !
CARPE\tier. Des menaces... eh ! mon Dieu! les menaces ne m'ont jamais fait peur.
DUVERNEY, lui présentant le canon de deux pistolets. Ces papiers, ou vous êtes mort !
CARPENTIER, prenant un ton plus sérieux. Avez-vous bien réfléchi ?
DUVERNEY. Oui , il fait nuit.... nous sommes seuls... cetappartementest isolé...
je suis armé... ma résolution est ferme
il s'agit de ma fortune!
CARpentier. Il s'agit de la mienne aussi... D'ailleurs vous ne le feriez pas, la peine de mort est là...
DUVERNEY. Oh ! je ne crains pas qu'on m'accuse, j'ai tout prévu, tout calculé.... Eh ! dussé-je être soupçonné , dussé-je y périr, je veux ces papiers... je les veux !
CARPENTIER. Mais...
duverney. Ces papiers ou je vous
tue!
CARPENTIER, à part. 11 le ferait comme il le dit.
duverney. Décidez-vous, décidez-vous!
CARPENTIER. Vous avez profité à mon école... Les voilà!
Il lui remet les papiers.
DUVERNEY. Voyons-les. .. ( // examine les papiers.) Oui, voici l'acte de la succession de Georges. . . {il le déchire) celui-ci. . . notre pacte avec Mme Yillette... qu'il ait le sort de l'autre !
Il va le déchirer, mais Mm'Villette, qui est entrée par la porte secrète, s'élance auprès de Duverney et lui retient le bras.