‹ ThéâtreChapitre 790 sur 846 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

GISQUETTE, CHAMPFLEURY, MAUFILATRE.

macfilatre, au milieu de la scène et tout près. Eb ! mais ie ne me tromoe pas !

champflecry, relevant la tête.

Oh ! oh !

MACFILATRE.

C'est ce garnement de Champfleury.

CIIAMITLËCRY.

Tête sans cervelle et cœur chaud, oui , capitaine.

MACFILATRE.

Et où vas-tu comme çà?

CHAMPFLECRY.

Je vas, je viens, comme vous, je me promène.

gisqcette, sur la porte.

Eh bien ! le v'ià qui cause avec l'autre , â présent!

MACFILATRE.

Pourquoi donc as-tu quitté le service?

CHAMPFLECRY.

La balle d'un mousquet m'a donné mon congé.

MACFILATRE.

Et qu'est-ce que tu fais ici?

champflecry, hésitant.

Ici? rien... c'est-à-dire je fais la cour aux jeunes filles, pour m'amuser ; tenez, en voilà une là-bas qui brûle...

MACFILATRE.

Et tu demandes l'aumône, avec çà?

CHAMPFLECRY, à part.

Il a vu la chose. (Haut.) Ah ! capitaine, je la reçois par occasion. (A part.) Diable de Margerin, faut qu' ça soit pour le servir que je laisse croire une pareille chose.

MACFILATRE.

Toi, tendre la main î

CHAMPFLECRY.

Dam! pour vivre...

MACFILATRE.

Un soldat!

CHAMPFLECRY.

Est-ce qu'il ne faut pas qu'un soldat vive, quand çà ne serait que pour se faire tuer à l'occasion?

MACFILATRE.

Et pourquoi ne pas demander les Invalides? le grand roi ne les a pas institués pour...

CHAMPFLECRY.

Ah! ma foi! du pain de l'État... assez mangé comme ça, capitaine; il est trop dur. (A part.) Gisquette m'en fait manger de plus croustillant.

MACFILATRE.

Quand on est sans ressources...

CHAMPFLECRY.

Oh! sans ressources, capitaine..

MACFILATRE.

Eh! mais pour mendier...

CHAMPFLEl'F.Y, à part

Dieu ! comme je patauge! faut bien que ce soit pour un ami. (Haut.) Je vas vous dire, j'en ai une grande de ressource, mais dont je ne veux pas abuser par délicatesse. C'est l'amitié d'un gentil coloriste de missels, en renom dans Grenoble.

MACFILATRE.

Ah ! tu connais ce blondin-là, toi ?

MAGASIN THEATRAL

CHAMPFLEURT.

Si je le connais I nous allions ensemble à l'école des Frères, il étudiait pour moi et je polissonnais pour lui, ce qui fait qu'il est devenu un imagier travailleur et moi un lansquenet paresseux; mais comme il gagne de l'argent dans son état et que la guerre ne m'a rapporté que des coups , je suis revenu au pays demander de l'occupation à mon ami Margerin, et dépenser ses sous parisis en attendant, car il m'en donne tant que j'en veux... quand il en a.

MAUFILATRE.

Eh bien ! pour la peine veux-tu lui donner un conseil de ma part, à ton camarade Margerin?

CHAMPFLEURT.

S'il est bon, pourquoi pas?

MAUFILATRE.

C'est de ne jamais se trouver sur ma route.

CHAMPFLEURT.

Oht {Regardant en dehors.) Comme ça se rencontre ! il y vient justement, sur votre route... Vous pouvez lui dire vous-même, il est bon pour vous répondre, allez; s'il a son talent au bout d' ses doigts, il n'a pas sa langue au bout de sa ■ plume.

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