‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 105 sur 210 · LES MÊMES, MARINETTE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MARINETTE

FRONTIN

Qu’as-tu donc, mon enfant ?

MARINETTE, feignant de ne pas voir Géronte.

Je n’ai rien.

FRONTIN

Si ; ta mine,

LE TRICORNE ENCHANTÉ

Qu’un sourire joyeux d’ordinaire illumine,

Est lugubre, aujourd’hui, comme un enterrement; On dirait que tu viens de perdre ton amant.

MARIMETTE, même jeu.

Pour le perdre, il faudrait l’avoir eu... Je suis sage. Et n’admets que soupirs tendant au mariage,

Frontin !

GÉRONTE, à part.

OÙ diable va se nicher la vertu ?

FRONTIN

Mais alors, d’où te vient cet air morne, abattu ?

HARINETTE, même jeu.

D’une tout autre cause. \ me llattertrop prompte. J’avais l’espoir de plaire au bon monsieur Géronte,

Et d’entrer, pour tout faire, en service chez lui...

Tu sais le résultat, et j’en ai de l’ennui.

GÉRONTE, même jeu.

Je suis vraiment fâché de ne l’avoir pas prise.

HARINETTE, même jeu.

Maintenant, il est seul. Qui le coiffe et le frise?

Qui lui met sa cravate et lui cherche ses gants?

Moi, j’aurais eu pour lui tous ces soins fatigants,

Et je l’aurais choyé comme une fille un père î

GÉRONTE, même jeu.

Ce que je n’ai pas fait, je puis encor le faire.

MARINETTK.

C est un homme si doux, si poli, si charmant!

FROKTIN.

.le ne pnrtage pas du tout ton sentiment.

Un vieux...

GÉRONTE, bas à Frontin.

Comment?

FRONTIN

Laid, sot...

GÉRONTE, même jeu.

Gredin !

FRONTIN

Acariâtre...

GÉRONTE, de même.

Bandit !

FRONTIN

Crasseux !...

GÉRONTE, de même.

Je vais te battre comme un plâtre,

Si...

FRONTIN, bas à Géronte.

C’est pour l’éprouver, monsieur; tenez-vous coi ! Tu le trouves donc bien?

Il a je ne sais quoi

le tricorne enchanté. 259

De franc, d’épanoui, qui me plaît et m’enchante.

.41i! que de le servir j’aurais été contente !

GÉROiNTE, à part.

Quel bon cœur ! Je me sens le coin de l’œil mouillé,

Et par l’émotion j’ai le nez chatouillé.

Il élernue.

MARINETTE

J’entends éternuer, et je ne vois personne !

GÉROME

C’est moi qui...

MARINETTE

Mais quelle est cette voix qui résonne ? Un fantôme, un esprit!...

GÉRONTE

Eh! non ; c’est moi.

MARINETTE

Qui donc?

Gérontc.

MARINETTE

Et votre corps, où donc est-il?

FRONTIN, décoiffant Céronte.

Pardon !

Monsieur, vous oubliez que pour être visible U faut vous décoiffer.

MARIKETTE.

Ah ! quelle peur horrible, Monsieur, vous m’avez faite !

GÉROKTE.

Allons, rassure-toi ;

Je vais en quatre mots dissiper ton effroi ;

Ce chapeau, qu’il suffit d’ôter et de remettre.

Me fait à volonté paraître et disparaître !

HARIISETTE, ü part.

Feignons d’être timide et jouons l’embarras.

GÉRONTE

La place que tu veux, mon enfant, tu l’auras.

Vous étiez là, monsieur? Vous m’avez entendue?... Le trouble... la pudeur... Ah ! je suis confondue !

• GÉRONTE

Ton dévouement pour moi s’est fait connaître ainsi.

FRONTirt.

Pendant que nous voilà, si nous tentions aussi. Avec ce talisman, une autre expérience.

Pour savoir ce qu’Inez sur votre compte pense?

GÉRONTE

Pourquoi faire, Frontin? Je ne suis pas aimé!

FRONTIN

Si, vous l’êtes. Le cœur est un livre fermé ;

Il faut qu’il soit ouvert pour qu’on y puisse lire.

LE TRICORNE ENCHANTÉ. 261

MARISETTE.

Voulez-vous qu'une femme aille d’abord vous dire Les feux dont en secret elle brûle pour vous ?

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