PROLOGUE DE STRUENSÉE
Il fait fuir les abus dans leur ombre sinistre,
Et, pour en éclairer ses plans nobles et beaux,
Partout d’un nouveau jour allume les flambeaux.
Il a comme Ruy-Blas fait le rêve suprême De sauver tout un peuple en sauvant ce qu’il aime,
Et sans calcul donné, plein d’amour et de foi,
A la reine son âme et sa pensée au roi.
Il soulage à la fois, tendre et sublime aumône.
Cette double misère assise sur le trône,
La tête sans idée et le cœur sans amour.
Mais c’est un sol mouvant que le sol de la cour.
De l’élévation où monte Struensée La reine douairière offusquée et froissée,
Avec ses confidents Schack, Guldberg et Kœlle’’, Machine des complots aussi noirs que l’enfer.
Vieille, elle est attachéè à la vieille noblesse.
Dans ce roturier roi tout la choque et la blesse,
Et sa rage médite exil, mort ou prison Pour l’insolent héros qui n’a pas de blason.
Struensée éperdu, fou d'une double ivresse.
Poursuit aveuglément le rêve qu’il caresse;
Mais l’aspic siffle en bas quand l’aigle plane en haut.
Et plus d’un songe d’or finit à l’échafaud.
En vain le saint pasteur qui pleure et qui supplie Montre à son fils le ciel que son amour oublie.
En vain Rantzau masqué l’avertit dans le bal
Que la haine est armée et guette le signal;
Il faut qu’il marche, il faut que son sort s’accomplisse : Qu’importe la prison, qu’importe le supplice!
Le cercle de sa vie est désormais fermé;
Par la reine, un moment, peut-être il fut aimé !
Et du billot sanglant, autel expiatoire,
Victime et non coupable il monte dans sa gloire Des fanges de la terre au céleste séjour,
Comme un parfum divin emportant son amour.
Mais le temps fuit, j’entends la basse qui chuchote Et le violon pleure en essayant sa note.
Paroles, fermez l’aile, et vous, vers, taisez-vous ! Laissez chanter l’orchestre au.t sons puissants et doux.