PROLOGUE D’OUVERTURE
Si vous m’aviez fait part de ce projet sinistre J’aurais recommandé votre affaire au ministre ;
Il vous eût refusé... par faveur.
LE DIRECTEUR
Grand merci !
J’ai la prétention de réussir ici.
Oui cette belle salle étonnée et ravie,
Après un long sommeil s’éveillant à la vie,
Je l’espère, verra le public chaque soir.
Comme un ami fidèle arriver et s’asseoir.
Le lustre, ce soleil qu’on descend et qu’on monte Aux luttes de deux gaz saura trouver son compte,
Et choisira celui dont le jet radieux
Noircit moins le plafond tout en éclairant mieux.
Flûtes, cors, violons, feront rage à l’orchestre ;
La Muse à talons hauts et la muse pédestre,
L’une avec son péplum dans le marbre sculpté,
L’autre avec son jupon changeant et pailleté. Ensemble, ou tour à tour, sérieuse ou fantasque. Montreront la pâleur ou le fard de leur masque.
Chez nous lès dieux de l’art auront des trônes d’or; Mais nous livrons l’azur à tout puissant essor,
Et le jeune poète, éclairé par leur gloire.
Prendra place à leurs pieds sur les marches d’ivoire. L’Odéon, temple ouvert à tous les immortels.
Même aux dieux étrangers dressera des autels.
Le génie est pareil, si la langue est diverse,
Astre à demi voilé, l’idée éclate et perce Sous le nuage gris de la traduction ;
Pour juger de l’étoile il suffit d’un rayon.
Quand on entend Molière, et Corneille, et Racine, Caldéron se comprend, Shakspeare se devine.
O poètes sacrés, ô maîtres souverains,
S’il reste encore au fond de vos riches écrins Une perle oubliée, une pierre enfouie,
Nous la ferons briller sur la foule éblouie ;
Sans redouter \'hélas \ sans craindre \&holà !
Après Y Agésilas nous jouerons Y Attila.
Pour nous l’auteur du Cid vit dans toutes ses pièces. Et Rotrou, délaissé, tente nos hardiesses.
l’esprit chagrin.
Tout cela serait bon dans un pays connu.
Mais aucun Mungo-Park ici n'est parvenu ;
La carte vous relègue aux zones chimériques.
J’ai vu des gens chercheurs et trouveurs d’Amériques, Qui, l’on ne sait comment, allaient on ne sait où,
Au Kamtchatka, dans l’Inde, au diable, à Tombouctou ; Mais je n’en ai pas vu, quel que soit leur courage, Capables de tenter ce périlleux voyage.
L’on part pour l’Odéon tout jeune, et, dans Paris, L’on retourne vieillard avec des cheveux gris.
Il vous faut un rail-way pour vous rendre probable.
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