PREMIER TABLEAU
Le tln'àlre repréîCntc un riche boudoir dans le style du dixseptième siècle. — Au fond, de grands trumeaux de glace ; portes à droite et à gauche.
La jeune comtesse Gemma, entourée de ses femmes et de scs compagnes, essaje devant la glace la toilette cjtt’elle se propose de mettre au bal donné pour fêter sa sortie du couvent. Les caméristes lui présentent tour à tour des fleurs et des diamants sans qu’elle arrête son choix, et ces différents groupes se répètent gracieusement dans les miroirs. Gemma a une double raison pour vouloir être belle; Massimo, le célèbre
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peintre de Naples, fait son portrait, et ce portrait, destiné à être mis sous les yeux du prince de Tarcnte, a eu un tout autre résultat que celui espéré par le comte de San-Severino, qui rêve pour Gemma, sa pupille, une haute alliance; car la jeune fille, pendant les séances assez nombreuses, s’est éprise du bel artiste. Massimo va venir achever son ouvrage, comme l’indiquent le chevalet et la toile placés dans un coin de la chambre.
Pendant que les femmes se sont éloignées pour aller chercher quelques parures, une porte s’ouvre mystérieusement, et Gemma, en arrangeant sa coiffure, voit du fond de la glace, deux yeux ardents et fixes s’attacher sur elle avec une expression étrange; lorsqu’elle se retourne, rhomme qui projetait cette image a déjà disparu.
Gette apparition elfraye et trouble Gemma; elle éprouve un malaise subit, une langueur inexplicable; le premier fil du réseau qui doit l’enlacer est noué, et bien qu’elle s’imagine avoir été le jouet d’une hallucination, elle est sous le charme.
L’homme qui a pénétré dans le boudoir de Gemma, j)ar le moyen d’une camériste infidèle, est le marquis de Saula-Croce; un débauché et un dissipateur cherchant à réparer par l’alchimie et les sciences occultes les brèches fuites à sa fortune; il a, dans ses travaux
GEMMA
liermétiqiies, retrouve le secret du maguétisuie cuiuiu autrefois des adeptes, et dont Mesmer sera plus tard le grand prêtre; de cette force iucoiiuue il se sert ])Our satisfaire scs passions; il a résolu de dominer Gemma et de la contraindre à l'épouser ; mariage qui lui donnerait plus d’or que ses alambics et ses creusets.
N’entendant pas de bruit et jugeant Gemma seule, le marquis de Sanla-Croce rentre, et voyant la jeune lille affaissée sur un fauteuil, il étend les mains vers elle et lui fait des passes magnétiques. Cédant à cette influence irrésistible. Gemma se lève cbancelante, endormie, n’ayant plus de libre arbitre et fascinée comme l’oiseau par le serpent. Elle tourne aulour de Santa- (iroce avec tous les sigires de la passion; elle se penche amoureusement vers lui, l’enlace de scs bras, car telle est la volonté du magnétiseur.
Le majordome Giacomo entre, laissant à peine le temps à Sanla-Croce de se cacher derrière un rideau ; il vient annoncer l’arrivée du peintre et semble tout surpris de voir sa maîtresse debout, immobile, dans une pose extatique et ne lui répondant j>as : il se relire fort intrigué. Santa-Croce réveille Gemma et s’esquive par la porte secrète.
La jeune fille sort comme d’un rêve et ne se souvient pas de ce qui s’est passé, comme cela arrive dans le sommeil magnétique.