‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 180 sur 210 · T 11 E AT K E · texte numérisé non relu

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Massimo vient terminer le portrait. — Gomma, en dierdiant à se remettre dans la pose, forme un groupe avec ses compagnes. Pendant que l’artiste travaille, oubliant son rôle de modèle, elle quitte sa place et se penche sur l’épaule du peintre, qui brouille au hasard les couleurs sur sa paletie, troublé par la beauté de Gemma, dont il devine et partage l’amour.

On annonce le marquis de Santa-Crocc ; il veut voir de quelle manière Gemma, éveillée, le recevra, d ijuel progrès a fait son inlluence. Par un elfet de contraste assez commun en magnétisme, la jeune comtesse, à l’état de veille, ressent l’aversion la plus profonde pour celui (pi’elle aime endormie, comme si son âme voulait se venger de la violence qu’on exerce sur elle. Lorsque Sanla-Croce s’approche d’elle et la salue, elle frissonne et pâlit; lorsqu’il s’incline sur sa main pour la baiser, elle fait un geste d’horreur, et laisse tomber avec mépris la rose qu’il lui offre : ces marques d’aversion ne font pas sortir Santa-Croce de sa froide et hautaine politesse ; il contient du regard Massimo irrité et jaloux, et répond courtoisement au comte de San-Severino, tuteur de Gemma, (jui l’invite à la fête donnée pour.sa pupille, ainsi que MassimOj et Angiola, sœur de l’artiste.

Res é seul un instant, Santa-Croce ramasse la rose dédaignée et la magnétise; il met sa volonté d son

GEMMA

(li'sir dans le cœur do la Heur épanouie, et lui donne la puissance d’allirer (iemma qui, en effet, revient bientôt sur la pointe du pied, les bras étendus, et se dii'ige vers la rose quelle respire avec délices et place à son corsage. — Le marquis, caché dans l'ombre, assiste à cette scène et sourit orgueilleusement. — Gemma sera à lui. — la rose agira sur elle, et, à la lin du bal, il enlèvera sa conquête. — Des amis sûrs, à qui il donne .ses instructions, l'aideront dans cette entreprise basardeuse.

DKUXIKME TABLEAU

l'nc "alcrie illuminée à giorno, avec îles colonnes et des arcades, lai.<sant entrevoir au bas d’une terrasse des jardins vaguement éclairés par la lune, et des ruines d’édifices.

Les invités affluent dans la salle du bal, les danses se forment et se succèdent ; Gemma porte au côté la rose de Santa-Croce, et reste soumise à son influence ; aussi raccueille-t-elle favorablement lorsqu’il se présente à elle. Massimo, jaloux qu’elle ait mis près de son cœur cette fleur d’abord dédaignée, lui en demande le sacrifice ; Gemma, cédant à la puissance de l’amour vrai, tend au jeune artiste le talisman corrupteur, et, redevenue maîtresse d’elle-même, danse

avec ses amies et avec Massimo. — Santa-Croce a tout

vu, et se promet de ressaisir sou pouvoir.

Quand Massimo reconduit Gemma à sa place, la danse terminée, le marquis s’approche et invite la jeune fille ii son tour. Celle-ci, rendue à son antipathie naturelle, refuse de danser avec Santa-Croce, dont la figure pâle, les yeux impérieux et la bouche dédaigneuse, lui inspirent de rcffroi comme une apparition

surnaturelle, et se prétend fatiguée par la lumière, le »

Inuit et la chaleur; elle se lève, et demande à son tuteur, le comte de San-Sevcrino, la'permission de se retirer, en le priant de ne pas interrompre la fête pour cela ; les danses continuent : Santa-Croce, se tournant vers la porte par où est sortie Gemma, concentre sa volonté et ordonne mentalement à la jeune fille de reparaître dans la salle de bal. En effet. Gemma revient à pas do statue ou de fantôme, se mouvant d’une manière automatique ; ses grands yeux ouverts semblent ne pas voir. Elle se dirige vers Santa-Croce, lui prend la main et l’entraîne dans le cercle de la danse; le comte de San-Severino hausse les épaules en souriant de ce caprice de jeune fille, changeant d’avis d’une minute à l’autre ; le peintre sent renaître sa jalousie, et ne sait que penser ; les invités s’écartent avec étonnement, et alors a lieu un pas magnétique entremêlé de valse, et dirigé par Santa-Croce, entièrement maître des

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mouvements et de la volonté de Gemma, qui le suit comme une ombre docile; lors(jue la danse se ralentit, il pose la main sur le cœur de la jeune fille et la ranime comme par enchantement; celle danse animée et morte, amoureuse et endormie, a quelque chose de surnaturel et de magique qui frappe rassemblée de stupeur et l’engourdit comme par un charme; Santa- Croce dirige les pas de Gemma de manière à se rapprocher du l'ond de la salle, et l’entraîne peu à peu du côté de la terrasse; deux ou trois poses enlevées ont fait franchir à Gemma le cercle des spectateurs; commandée par un geste impérieux, elle s’éloigne de plus en plus. Déjà sur sa robe blanche, éclairée tout à l’heure par les lustres du bal, brille la lueur sulfureuse des éclairs, car pendant cette scène l’orage a envahi le ciel, et ajoute à la terreur superstitieuse qu’inspire le marquis de Santa-Croce, soupçonné de sorcellerie et d’intimité avec le diable ; les affidés du magnétiseur s’avancent et enlèvent Gemma, tandis que Santa-Croce contient l’assemblée d’un regard foudroyant et satanique. Massimo éperdu essaye de franchir le cercle d’épouvante dont s’entoure Santa-Croce; mais celui-ci lui fait sauter l’épée des mains, descend à reculons l’escalier de la terrasse et disparaît. J G iacomo le majordome se précipite sur ses pas.

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