‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 40 sur 210 · I.E COMMANDEUR · texte numérisé non relu

I.E COMMANDEUR

Célinde, la perle de nos soupers ! Célinde qui trempait si gaillardement ses jolies lèvres roses dans la mousse du vin de Champagne moins pétillant qu’elle !

LE MARQUIS

Célinde qui chantait si bien les couplets au dessert, qui nous amusait tant ! Célinde, ce sourire de notre joie, cette étoile de nos folles nuits !

LE CHEVALIER

Elle se'retire du monde !

LE DUC

Elle se fait ermite et vertueuse !

LE CHEVALIER

C’est ignoble!

LE DUC

C’est monstrueux !

LA FAUSSE CONVERSION. 83

M DE VAUDORÉ

Que faites-vous donc, ainsi claquemurées? A quoi passez-vous votre temps ?

FLORINE

Nous lisons le Contrat social, et nous étudions lu pliilosophié.

LE COMMANDEUR

Je gage que votre philosophie a des moustaches et des éperons.

LE MARQUIS

Célinde est amoureuse d’un nègre ou d’un poète, pour le moins.

• LE DUC

Quelque espèce de ce genre.

LE CHEVALIER

Fi donc! Célinde est une fille qui a des sentiments et qui n’aime qu’en bon lieu ; c’est un caprice qui ne peut durer.

LE COMMANDEUR

Gomment allons-nous faire pour nous ruiner?

LE MARQUIS

Elle avait uiie fantaisie inventive à dessécher en un an la plus riche veine des mines du Pérou. 11 faudra maintenant trouver nous-mêmes la manière de dépenser notre argent. Son absence se fait cruellement sentir. Vous n’allez pas me croire, tarit c’est ridicule.

inaLs il y a plus de quinze jours que je n'ai rien emprunté ; je ne sais que faire de mes richesses. Tiens, duc, veux-tu que je te prête mille louis?

LE DUC

Merci ; je joue du soir au matin pour me préserver d’une congestion pécuniaire.

LE MARQUIS

Il faut y prendre garde, c’est grave. Vois plutôt ce gros financier, il est bourré d’écus, de louis, de doublons et de quadruples que son gilet mordoré a toutes les peines du monde à contenir, il va éclater un de ces jours, il mourra d’or fondu.

LE DUC

Il n’y avait que Célinde pour empêcher de pareils malheurs!

LE CHEVALIER

(Ju’allons-nous faire aujourd’hui ?

LE DUC

« Ma foi, je ne sais, mon cher ; je m’étais arrangé dans l’idée do passer ma soirée chez Célinde. Du diable si j’imagine rien !

LE COMMANDEUR

Parbleu! restons. Si Célinde ne veut pas y être, ce n’est pas notre faute. Nous sommes ici un peu chez nous, d’ailleurs.

LA FAUSSE CONVERSION

LE DUC

J’ui donne la maison.

LE COMMANDEUR

Moi, l’ameublement.

LE MARQUIS

Moi, la livrée et les équipages.

LE CHEVALIER

Nous sommes ici en hôtel garni...

TOUS

Par nous.

LE COMMANDEUR

Restons-y.

LE CHEVALIER

Voilà des cartes ; faisons un whist.

FLORINE

Y pensez-vous, messieurs? — Vous oubliez que vous u’ètes pas chez vous.

LE DUC

Au contraire, ma belle, nous nous en souvenons. — A combien la fiche, monsieur le chevalier ?

LE chevalier.

A un louis, pour commencer.

FLORINE

Messieurs, de grâce...

LE chevalier.

Si tu dis un mot de plus, Florine, l’on te fera em-

brasser M. de Vaudoré, qui est aujourd’hui dans un de ses beaux jours de laideur.

FLORINE

Je vous cède la place, et vais informer ma maîtresse de ce qui se passe.

LE DUC

Ce serait vraiment un meurtre de laisser prendre à une aussi jolie fille que Cclinde des habitudes sauvages et gothiques ; maintenons-la malgré elle dans la bonne route, et ne lui laissons pas perdre les traditions de la belle vie élégante.

LE CHEVALIER

La voici elle-même ; notre obstination a produit son elTet.

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