‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 44 sur 210 · T HE AT K K · texte numérisé non relu

T HE AT K K

ne me plaît plus de rire, je ne ris plus. Je ne veux voir personne, — je ferme ma porte, voilà tout.

LE COMMANDEUR

Quel caprice singulier que d’éteindre, au moment de son plus vif éclat, un des astres les plus lumineux du ciel de l’Opéra!

CÉLIXDE.

Rien n’est plus simple : je vous divertis et vous ne me divertissez pas. Croyez-vous, monsieur le duc, qu’il soit si agréable de voir toute une soirée M. le marquis, renversé dans un fauteuil, dandiner une de ses jambes, tirer de sa poche un petit miroir, et se faire à lui-même les mines les plus engageantes ?

LE DUC

Kn effet, ce n’est pas fort gai.

CÉLINDE.

Et vous, chevalier, trouvez-vous que M. le duc, qui ne fait que parler de sa meute, de ses chevaux et de ses équipages, et qui est, sur tout ce qui regarde l’écurie, d’une profondeur à désespérer un palefrenier anglais, soit réellement un personnage fort récréatif?

LE CHEVALIER

C’est vrai que la conversation n’est pas le fort de ce pauvre duc.

CELINDE.

Commandeur, vous n’ètes plus que l’ombre de

I;A FAUSSE CONVERSIO.N.

vous-même ; votre principal mérite consiste à être grand mangeur et grand lyiveur; vous nëtes pas un homme, vous êtes un estomac; vous avez baissé d’un dindon, et six bouteilles seulement vous troublent la cervelle ; vous vous endormez après dîner, — dormez chez vous.

U. DE VAUDORÉ

Que les apparences sont trompeuses ! moi qui la croyais si douce et si charmante !

CÉLINDE.

Quant à M. de Vaudoré, d'est un sac d’écus avec un habit et un jabot ; — qu’on le serre dans un coffrefort, c’est sa place.

TOUS

Bien dit, bien dit ; elle a toujours de l’esprit comme un diable.

LE DUC

Vous ne voulez pas venir à Marly?

CÉLINDE.

Non.

LE CHEVALIER

Au concert de musique qui se donne aux Menus, et où l’on entendra ce fameux chanteur étranger.

CÉLINDE.

Non, vous dis-je.

LE COMMANDEUR

Il vient de m’arriver du Périgord certaines maî-

THÉATRF.

Iressos trufles qui ne seraient pas méchantes, arrosées d’un petit vin que j’ai, — dans un coin de ma cave connu de moi seul ; — vene* souper avec nous.

CÉUNDE.

Non, non, mille fois non! je ne veux plus vivre que de fraises et de crème ; tous vos mets empoisonnés ne me tentent pas.

LE COMMANDEUR

Des mets empoisonnés, — des truffes de premier choix ! Ne répétez pas ce' que vous venez de dire, ou vous seriez perdue de réputation. Pour que vous teniez de semblables propos, il faut qu’il se soit passé quelque chose d’étrange dans votre esprit. Vous avez lu de mauvais livres, ou vous êtes amoureuse, — ce qui est de pauvre goût, et bon seulement pour les couturières.

CÉLINDE, i part.

Ils ne s’en iront pas ! — S’ils se rencontraient avec Saint-Albin !

LE DUC

Vous brûlez d’un amour épuré pour quelqu’un de naissance ambiguë que vous n’osez produive, — un courtaud de boutique, un soldat, un barbouilleur de papier. — Prenez-y garde, Céliude, vous ne pouvez descendre plus bas que les barons. — Il faut être duchesse ou reine pour se permettre le caprice d’un la-

LA FAUSSE CONVERSION. !)j

quais ou d’un pocte, sans que cela tire à conséquence. — Voilà ce que j’avais à vous dire dans votre intéi’êt. Maintenant je vous abandonne à votre malheureux sort. — Messieurs, puisque Célinde est si peu hospitalière aujourd’hui, venez passer la nuit chez moi. — Nous boirons, et, au dessert, Lindamire et Rosimcne danseront sur la table un pas nouveau avec accompagnement de verres cassés. — Madame, je mets mes regrets à vos pieds.

M. DE VAUDORÉ

J’avais pourtant bien envie de lui glisser mon quatrain.

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