‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 6 sur 210 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SATAN AS

C’est moi, vieille barbe grise, moi, Satanas, le diable, comme on dit; ce qu’il y a de plus grand après toi, le gouffre après la montagne.

LE BON DIEÜ.

Que faisait mon portier saint Pierre, avec ses clefs ! Où avait-il la tète de te laisser entrer ici pour nous empester de ton odeur de soufre?

SATANAS

Saint Pierre n’étail pas à sa loge ; il était à se pro-

UNE LARME DU DIABLE

mener. Il vient, grâce à moi, si jwu tle monde ici, iiue sa charge est une vraie sinécure.

LK IIO.N DIEU.

Beaucoup d’appelés et peu d’élus.

SATAN AS

Il u’y a dans ton paradis que des mendiants, des imbéciles et des enlanls morts à la mamelle ; on y est en bien inainaise compagnie; chez moi, c’est bien différent ; ce ne sont que papes, cardinaux, empereurs, rois, princes, dames de haut parage, poètes, savants, courtisanes, saints du calendrier: la société est la plus réjouissante du monde, et l’on ne saurait en trouver une meilleure.

LE ItON IlIEU.

Je ne sais pas à quoi il tient, mon bel ange roussi, que je ne te précipite à cent mille lieues au-dessous du neuvième cercle d’enfer, et que je ne t’y fasse river avec des chaînes de diamant.

SATA.NAS.

Père éternel, tu te fâches, donc tu as tort.

LE BON DIEU

Maudit, pourquoi as-tu fait ah! ah! lorsque j’ai ordonné à mes anges de chanter le Te Deum?

S.VTANAS.

Par mes cornes et ma queue, vous faites vous autres beaucoup de vacarme pour pou de chose, et en cela

vous ressemblez beaucoup aux rois de la terre ; vous voilà bien fiers pour deux âmes de petites filles que je u’ai pas seulement essayé de tenter, comptant bien qu’elles me reviendraient tôt ou tard, et cela sans que je m’en mêle.

LE BON UlEU.

Vous êtes bien fanlaron, monsieur du diable !

SATAN AS

Parions, seigneur Dieu, que je les lais tomber en péché mortel d’ici avant deux jours.

LE BON DIEU

Souviens-toi de Job.

Job était un homme, le cas est bien différent.

VIRGO IMMACULATA.

Sataiias, vous n’êtes pas galant, à ce que je vois.

SATANAS

Pardon, madame la Vierge; c’est moi qui le premier ai fait, pour la' première fois, la cour à la première femme ; sans être fat, je me puis vanter de ne pas avoir trop mal réussi.

LE BON DIEU

La moitié de la besogne était faite : Ève était gourmande et curieuse, et son mari n’était pas un grand sire ; mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ; que veux-tu que je parie, avec toi, mécréant?

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