‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 62 sur 210 · LORD DL'RI.EY · texte numérisé non relu

LORD DL'RI.EY

J’ai vingt-six ans, — je suis duc et pair d’Anglelerre,

i/AMoni sorm.K or ii. vei t.

ir.«

Fa je porte de "ueulç à trois léopards d'or,

Avec cette devise ; Ex sanguine splendor.

J’ai tout ce cpi’ici-bas riioimne rêve ou désire ;

Hôtel dans le West-End, manoir dans le Yorkshire, Villa de marbre blanc au bord du lac Majeur,

Et l’été, (piand me pousse un instinct voyageur, lu yacht de bois de teck, dont je jette l’amarre Aux rives de Ceylan ou de Castellamare.

Si vous ne voyez pas, comte Georges d’Elcy,

Pourquoi, moi, lord Durley, je vous dis tout ceci.

C’est que votre pupille est jeune, belle, seule.

Sans corttîge de père, ou de tante, ou d’aïeule,

El que je viens ici, par lè plus droit chemin.

En loyal gentleman vous demander sa main.

GKOBGES.

Je repousse à regret une offre qui l’honore,

Eavinia n’est pas à marier... encore.

LORD DURLEY. .

Pour qu’elle le devienne, il suffit d’un époux.

PAUI., à p.irl.

Il garde son trésor comme un griffon jaloux.

GEORGES

Elle est trop jeune.

LORD DURLEY.

Elle a seize ans bientôt, cher comte.

El l’amour sur ses doigts en souriant les comple.

PAUL, à part.

Cardillac ne veut pas làclier son diamant.

LORD DIRLEY.

Elle ne peut rester fille éternellement,

A voir pâlir sa joue et sa beauté décroître.

Et votre intention n’est pas qu’elle entre au cloître?

GEORGES

Ckî n’cst pas une affaire à conclure en nn jour.

LORD DURLEY.

iNon, mais en attendant je puis faire ma cour.

GEORGES

Lavinia ne voit ni ne reçoit personne.

* • LORD DURLEY.

Ah ! je devine. — Ainsi que plus d’un le soupçonne. Vous êtes marié — morganatiquement Et chez vous, le tuteur prête un masque à l’amant : Dans un bonheur caché j’entre et je le dérange.

Pai’don ! *

GEORGES

Que dites-vous ! ma pupille est un ange.

Pure comme celui qui veille à son côté;

Elle en a l’innocence ainsi que la beauté.

LORD DURLEY.

.l’en crois votre parole et ses yeux francs où brille Une honnête fierté de chaste jeune fille;

Si son cœur n’a pas fait, pour mon malheur, un choiv,

L’AMOUR SOUFFLE OU IL VEUT. 141 Je demande sa m un une seconde fois.

Une seconde fois, moi, je vous la refuse.

LORD DÜRLEY.

■\lors, ne soyez pas surpris, monsieur, si j’use Des armes que fournit l’arsenal amoureux Contre l’entêtement des tuteurs rigoureux.

J’y déterrerai bien quelque vieux stratagème Pour voir Lavinia, lui dire que je l’aime Et, mettant à ses pieds ma fortune et mon nom.

Savoir si, comme vous, elle répondra non.

GEORGES

Je vous empêcherai.

LORD DLRLEY.

Ce sera difficile.

Un tuteur ne peut pas séquestrer sa pupille;

Elle habite un hôtel et non pas une toui .\vec pont-levis, herse et fossés tout autour,

Et, comme au temps jadis, y fût-elle murée.

Je n’aurai de repos que l’en ayant tirée.

— Une clef d’or crochette une porte d’airain ;

Si la porte tient bon, je creuse un souterrain.

Et si la sape manque, à temps contre-minée.

Je descends par le toit ou par la cheminée.

GEORGES

Je l’enverrai plutôt a\i ho\it du monde.

PAUL, il pari.

Biou !

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