‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 89 sur 210 · I.E DOCTEUR · texte numérisé non relu

I.E DOCTEUR

Vous êtes bien un corps, j’en conviens.

PIERROT

C’est heureux!

LE DOCTEUR

Être une ombre serait un destin moins affreux. •

PIERROT

Je sens, je vois, j’entends, je marclie, je respire.

LE DOCTEUR

Oui, c’est le plus fâcheux.

PIERROT

Et que suis-je ?

LE DOCTEUR

Un vampire!

COLOMBINE

Un vampire ! grands dieux !

Ce teint mat et blafard, Cette lèvre sanglante, avec cet œil hagard,

Tout ledit...

COLOJIBINE.

S’il allait pendant que je repose, M’entr’ouvrir une veine et sucer mon sang rose?

PIERROT POSTHUME

LE DOCTEUR

S:ins doute il le fera, car c’est le seul moyen Que les gens de sa sorte aient pour se porter bien.

PIERROT

N’est-il aucun remède, aucune médecine?

LE DOCTEUR. [trille.

Mon Dieu, si !...L’on vous plante un pieu dans la poil.'on vous coupe en quartiers, on brûle vos morceaux. Puis le vent prend la cendre et la jette aux ruisseaux.

COI.OJIIIIXE.

Quelle borreur !... A jamais de vous je me sépare.

PIERROT

Ce procédé me semble un tant soit peu barbare.

.l’en connais un plus doux, qu’on pourrait employer; Certaine potion... mais il la faut payer.

PIERROT

Avec quoi ?

LE DOCTEUR

Vos boutons gros comme des ampoules.

Ont des onces d’Espagne et des ducats j our moules.

PIERROT

Chut î

LE DOCTEUR

Un seul me suffit.

is.

PIERROT

Je vais vous le donner.

COLOMBIiNE.

Vampire ! je me risque à te déboutonner. . .

Tu ne me fais plus peur, clier Pierrot de mon âme ! Allons, donne un baisera ta petite femme...

Je te dorloterai, je te bichonnerai...

S’il te manque un bouton, je te le recoudrai...

Elle lui arrache les boutons de son habit. PIERROT.

Fort bien ; mais c’est montrer trop de zèle, peut-être. Que les couper soi-même afin de les remettre.

COLOMDINE.

Laisse-moi, dans mes bras, sur mon cœur te presser! Tendre vigne, à l’ormeau laisse-moi m’enlacer !

On entend geindre Arlequin.

Ilumph !

LE DOCTEUR

Qui peut soupirer et geindre de la sorte?

PIERROT

Est-ce un veau que l’on sèvre?...

COLOMBINE

Un chien mis à la porte?

PIERROT

C’est Arlequin.

PIERROT POSTHUME

Qu’a-t-il à pousser ces clameurs ?

LE DOCTECK.

Pourquoi s’est-il juché tout là-haut ?

ARLEQtIN, à la fenêtre de sa maison, qui fait face au public.

Je me meurs !...

Je suis empoisonné !...

LE DOCTEUR

Bon, je cours à votre aide :

Pour vous réconforter j’ai là certain remède !

ARLEQUIN

Non, vous m’achèveriez...

COLOMBINE

Dites, qu’avez-vous pris

Pour souffrir de la sorte et pousser de tels cris?

ARLEQUIN, de sa fenêtre.

J’ai bu de l’élixir de longue vie ! ...

PIERROT

Étrange

Effet ; la longue vie en mort brusque se change !

Malheureux Arlequin!... Qu’avez-vous fait, docteur?

ARLEQUIN, de sa fenêtre.

Tu m’as trompé, tu n’es qu’ungueux, qu’un imposteur.

LE DOCTEUR

Non, mon élixir reste à son titre fidèle.

Car vous allez jouir de la vie éternelle !

ARLEQUIN

Je vais mieux : d’un regard de son œil altcndri,

La belle Colombine aussitôt m’a guéri !. .

Je descends...

COLOMBINE, lui arrachant encore un honlon.

Cher Pierrot !...

PIERROT

, Encore un qu’elle coupc !

ARLEQUIN, entrant en scène.

Ce tableau clocherait si je manquais au groupe.

COLOMBINE

Vous ne pouvez jester, Pierrot est de retour;

Tâchez, l’espoir perdu, d’oublier votre amour... Voyagez, retournez au pays bergamasque.

Mon cœur se fend ! les pleurs ruissellent sous mon masqni’

PIERROT

Il ne partira pas ! je ne suis pas jaloux,

Ensemble nous vivrons dans l’accord le plus doux.

LE DOCTEUR

Grand Pierrot !

ARLEQUIN

Je serai vertueux.

COLOMIII.NE.

Et moi sage.

PIERROT POSTHUME

PIKRROT.

Un ami très-souvent est commode en ménage. Il me divertira lorsque je m’ennuierai,

Et sera le parrain des enfants que j’aurai.

Page 1