I.E DOCTEUR
Vous êtes bien un corps, j’en conviens.
PIERROT
C’est heureux!
LE DOCTEUR
Être une ombre serait un destin moins affreux. •
PIERROT
Je sens, je vois, j’entends, je marclie, je respire.
LE DOCTEUR
Oui, c’est le plus fâcheux.
PIERROT
Et que suis-je ?
LE DOCTEUR
Un vampire!
COLOMBINE
Un vampire ! grands dieux !
Ce teint mat et blafard, Cette lèvre sanglante, avec cet œil hagard,
Tout ledit...
COLOJIBINE.
S’il allait pendant que je repose, M’entr’ouvrir une veine et sucer mon sang rose?
PIERROT POSTHUME
LE DOCTEUR
S:ins doute il le fera, car c’est le seul moyen Que les gens de sa sorte aient pour se porter bien.
PIERROT
N’est-il aucun remède, aucune médecine?
LE DOCTEUR. [trille.
Mon Dieu, si !...L’on vous plante un pieu dans la poil.'on vous coupe en quartiers, on brûle vos morceaux. Puis le vent prend la cendre et la jette aux ruisseaux.
COI.OJIIIIXE.
Quelle borreur !... A jamais de vous je me sépare.
PIERROT
Ce procédé me semble un tant soit peu barbare.
.l’en connais un plus doux, qu’on pourrait employer; Certaine potion... mais il la faut payer.
PIERROT
Avec quoi ?
LE DOCTEUR
Vos boutons gros comme des ampoules.
Ont des onces d’Espagne et des ducats j our moules.
PIERROT
Chut î
LE DOCTEUR
Un seul me suffit.
is.
PIERROT
Je vais vous le donner.
COLOMBIiNE.
Vampire ! je me risque à te déboutonner. . .
Tu ne me fais plus peur, clier Pierrot de mon âme ! Allons, donne un baisera ta petite femme...
Je te dorloterai, je te bichonnerai...
S’il te manque un bouton, je te le recoudrai...
Elle lui arrache les boutons de son habit. PIERROT.
Fort bien ; mais c’est montrer trop de zèle, peut-être. Que les couper soi-même afin de les remettre.
COLOMDINE.
Laisse-moi, dans mes bras, sur mon cœur te presser! Tendre vigne, à l’ormeau laisse-moi m’enlacer !
On entend geindre Arlequin.
Ilumph !
LE DOCTEUR
Qui peut soupirer et geindre de la sorte?
PIERROT
Est-ce un veau que l’on sèvre?...
COLOMBINE
Un chien mis à la porte?
PIERROT
C’est Arlequin.
PIERROT POSTHUME
Qu’a-t-il à pousser ces clameurs ?
LE DOCTECK.
Pourquoi s’est-il juché tout là-haut ?
ARLEQtIN, à la fenêtre de sa maison, qui fait face au public.
Je me meurs !...
Je suis empoisonné !...
LE DOCTEUR
Bon, je cours à votre aide :
Pour vous réconforter j’ai là certain remède !
ARLEQUIN
Non, vous m’achèveriez...
COLOMBINE
Dites, qu’avez-vous pris
Pour souffrir de la sorte et pousser de tels cris?
ARLEQUIN, de sa fenêtre.
J’ai bu de l’élixir de longue vie ! ...
PIERROT
Étrange
Effet ; la longue vie en mort brusque se change !
Malheureux Arlequin!... Qu’avez-vous fait, docteur?
ARLEQUIN, de sa fenêtre.
Tu m’as trompé, tu n’es qu’ungueux, qu’un imposteur.
LE DOCTEUR
Non, mon élixir reste à son titre fidèle.
Car vous allez jouir de la vie éternelle !
ARLEQUIN
Je vais mieux : d’un regard de son œil altcndri,
La belle Colombine aussitôt m’a guéri !. .
Je descends...
COLOMBINE, lui arrachant encore un honlon.
Cher Pierrot !...
PIERROT
, Encore un qu’elle coupc !
ARLEQUIN, entrant en scène.
Ce tableau clocherait si je manquais au groupe.
COLOMBINE
Vous ne pouvez jester, Pierrot est de retour;
Tâchez, l’espoir perdu, d’oublier votre amour... Voyagez, retournez au pays bergamasque.
Mon cœur se fend ! les pleurs ruissellent sous mon masqni’
PIERROT
Il ne partira pas ! je ne suis pas jaloux,
Ensemble nous vivrons dans l’accord le plus doux.
LE DOCTEUR
Grand Pierrot !
ARLEQUIN
Je serai vertueux.
COLOMIII.NE.
Et moi sage.
PIERROT POSTHUME
PIKRROT.
Un ami très-souvent est commode en ménage. Il me divertira lorsque je m’ennuierai,
Et sera le parrain des enfants que j’aurai.