LA ROSIMÈNE, LE COMMANDEUR, LE CHEVALIER
M. DE VAUDORÉ
LA ROSIMÈNE.
Cet imbécile de Champagne qui n'a pas mis d'eau dans mon arrosoir!... J'ai manqué choir en faisant des
battements. Ma place était claire et luisante comme un parquet ciré!
M. DE YAUDORÉ.
Je ferai bâtonner ce drôle en rentrant.
LE CHEVALIER
Mademoiselle Rosimène est mise avec un goût exquis.
LA ROSIMÈNE.
Ha jupe coûte mille écus. M. de Vaudoré fait bien les choses.
LE COMMANDEUR
Nous irons souper chez vous après le ballet. J'ai envoyé ce matin une bourriche de gibier et la recette pour les cailles à la Sivry.
LA ROSIMÈNE.
Ah! j'adore le gibier.
LE CHEVALIER, à part.
Elle adore tout !
LA ROSIMÈNE.
Je ne suis pas une bégueule comme Célinde, moi ; je mange et je bois, c'est plus gai.
LE COMMANDEUR
A propos... que devient Célinde?
M. DE VAUDORÉ
Elle se livre aux plaisirs champêtres, et se nourrit de crème dans une laiterie suisse.
lie THEATRE.
'LE COMMANDEUR
Mauvaise nourrittire qui débilite restomac! c'est assez de teter quand on est petit enfant.
LA ROSIMÈNE.
Je préfère les fortifiants, les mets relevés. Après ça, Célinde a toujours eu des idées romanesques. H le avait le défaut de lire. Je vous demande un peu à quoi ça sert!
LE CHEVALIER
Rosimène, vous êtes ce soir d'une verve, d'un mordcmt ; c'est incroyable comme vous vous formez !
LA ROSIMÈNE.
Je dois cela à mon gros vieux Crésus. — Il me paye des maîtres de toutes sortes. Je ne les reçois pas, mais je leur donne leur cachet, et c'est comme si j'avais pris ma leçon.
M. DE VAUDORÉ
Elle deviendra une Ninon, une Marion Delorme, une Âspasie ! — Je ferai les fonds nécessaires.
l'avertisseur.
Madame, on va commencer.
LA ROSIMÈNE.
C'est bon ; c'est bon... Le public peut bien attendre. Il faut que je me mette en train. Je n'ai pas travaillé aujourd'hui.