‹ Théatre (volume 3)Chapitre 56 sur 191 · I.AVINIA · texte numérisé non relu

I.AVINIA

Je doute qu'il en soit un plus plein de douceur Pour moi, jadis ta fille et maintenant ta sœur.

GEORGES

Celui de mari?

làvinia.

Non ; je ne sens nulle onvio De laisser pénétrer brusquement dans ma vio Cet inconnu d'hier, époux du lendemain.

Qui pose à tout hasard votre main dans sa main. Un frère vaut bien mieux, surtout s'il te ressemble.

Le monde est comme un livre où nous lisons ensemble,

Fronts penchés l'un vers l'autre et mêlant nos cheveux.

Tu connais mes secrets, je devine tes vœux;

Il existe entre nous de longues sympathies.

Une communauté de choses ressenties,

Des souvenirs d'un charme intime et pénétrant

Où le présent qui rêve au passé se reprend;

L'époux ignorerait ma vie antérieure.

Toute une part de moi, peut-être la mcilleine;

.le ne veux pas jeter à quelque sot mari

L'AMOUR SOUFFLE OU IL VEUT. iOl

Mon âme, ton ouvrage, ô mon frère chéri !

GEORGES

Tu n'aimes donc personne?

LAVINIA

Eli si, puisque je t*aimo.

GEORGES

D'amour ou d'amitié?

LAVINIA

Je n'en sais rien moi-mêmp.

Je ne connais Tamour, ne l'ayant pas senti, Que comme Ton connaît les mœurs de Taïti Sur les récits de Cook et de Dumout d'Urville, Ou la mer, par Gudin, quand on reste à la ville; Me trouvant bien chez moi, je n'ai" pas voyagé.

Tu n'en as pas l'envie?

LAVINIA

Et pourquoi faire? — J'ai, C'est toi qui Tas permis, lu les chants des poëtos, Des mystères du cœur fidèles interprètes. Dans leurs livres, que nul n'a fermé sans émoi, Plus d'un groupe idéal a passé devant moi, Souriant ou pensif et les mains enlacées :

Francesca, Paolo, chères ombres blessées, Herminie et Tancrède, Angélique et Médor, Aminte et son berger, et bien d'autres encor; Près d*Hamlet, Ophélie effeuillant sa couronne, Juliette penchée au balcon de Vérone A qui Roméo dit : « Ne crains rien, mon amour. Ce n*est pas l'alouette et ce n'est pas le jour ! » Faust au jardin de Marthe emmenant Marguerite, Virginie avec Paul qu'un seul jupon abrite? Saint-Preux et sa Julie aux bosquets de Clarens, Miss Harlowe, qui songe entre ses vieux parents Aux moyens d'envoyer sa lettre à Lovelace ; Mais leurs feux m'ont laissée aussi froide que glace. Et mon coeur, préservé par quelque talisman. S'en tient, en fait d'amour, aux amours de roman. Encor souvent trouvai-je avec leurs hyperboles Les héros enragés, les héroïnes folles.

Et je pense que Dieu là-haut me prépara Pour être le Kaled d'un vertueux Lara.

Je te suivrai partout sous un habit de page, Et nous courrons le monde en galant équipage.

GEORGES

Eh quoi ! tu n'as jamais éprouvé ces langueurs Que la brise d'avril apporte à tous les cœurs. Cette délicieuse et tendre inquiétude Qui, par la rêverie interrompant l'étude,

Vous fait rester l'œil fixe et le coude appuyé Sur Shakespeare incompris ou Mozart oublié ?

* La suite a 6\6 égarée et n'a pu ôlrc retrouvée.

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