SCÈNE VIII
IMEKHOT, LE DOCTEUR.
LE DOCTEUR
Vous êtes cncor là?
PIERROT
Mais à co qu'il parait.
LE DOCTEUR
Vous sembliez tantôt prendre un vif intérêt A l'ami pour lequel vous consultiez^..
PIERROTé
Sans doute :
Avec ses dents j'ai fdit sauter plus d'une croûte^
El le vin que je bois passe à travers son cou ; Comme vous l'avez dit, il me touche beaucoup.
LE DOCTEUR
C '('fait vous, cet ami !
PIERROT
Je n'en eus jamais d'autre,
LE- DOCTE CR
Pauvre monsieur Pierrot, quel malheur est le vôtro ! Je vous plains; être mort de la sorte, c'est dur.
PIERROT
De mon trépas, docteur, vous êtes donc bien sur?
LE DOCTEUR à part.
Est-il bête!
IldUl.
J'en ai la triste certitude.
J'ai de semblables cas fait une longue étude, Et îes pendus jamais n'ont bien longtemps vécu. Mais, pour que vous soyez pleinement convaincu. Je vais vous disséquer. . .
PIERROT
Non, non...
LE DOCTEUR. '
Afin qu'on voie.
La pléthore du cœur, l'engorgement du foie, La dislocation des muscles cervicaux, Et la congestion des lobes cérébraux.
Je veux bien être mort, mais pas d'anatomie !
LE DOCTEUR
» Gomment expliquez-vous cette face blémie ! Ce nez cadavérique et cet œil sépulcral ? Vous êtes un vrai spectre!
PIERROT
Ah ! je me sens plus mal.
LE DOCTEUR
La strangulation pousse à l'apoploxio,* Et de l'apoplexie à la catalepsie 11 n'est qu'un pas.
PIERROT
Cessez ce discours inhumain.
LE DOCTEUR
De la catalepsie à la mort, le chemin
Estplnsconrt. Cechemin, vous l'avez foit, jeune liommo.
PIERROT
Grands dieux ! soutenez-moi, je tombe.
LE DOCTEUR
Autre symptôme !
Les morls sentent mauvais... Vous ne sentez pas bon.
PIERROT. 11 sent son bras.
C'est vrai, je m'empoisonne.
I,R DOCTEUR, à part.
On n'est pas plus oison '
PIERROT
A cet affreux état savez-vous un remède?
LE DOCTEUR
Peut-cire ; la nature opère quand on l*aide, Des miracles...
PIERROT
Eh bien, qu'elle en fasse un pour moi !
LE DOCTEUR
Les miracles sont chers et veulent de la foi.
PlEJ^ROT.
J'ai la foi.
LE DOCTEUR
Mais l'argent ?
PIERROT
A travers mes désastres, Dans ma ceinture en cuir j'ai sauvé quelques piastres.
LE DOCTEUR
Montrez.
PIERROT
Voilà.
LE DOCTEUR
C'est peu... Donner mon élixir, Que ne pourraient payer les trésors d'un vizir, Mon élixir divin, pour une ou deux poignées De moiniîûe exotique et de piastres rognées, C'est un marché de dupe...
IWi THÉÂTRE.
PIERROT
Hélas ! J'ai bien encor Dans mon bouton, cousue, une pistole d'or.
LE DOCTEUR
Bon ! gracieusement déployez la pistole D une main, et de l'autre empoignez cette fiole. C'est la vie en bouteille, et, quand vous la boirez. Fussiez- vous plein de vers, vous ressusciterez.
Il sort.