‹ Théatre (volume 3)Chapitre 66 sur 191 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

PIERROT, à l'écart, ARLEQUIN, COLOMBINE.

ARLEQUIN

Mon infante, enfin vous êtes veuve ?

COLOUBINE.

Un deuil ! moi qui voulais mettre ma robe neuve En sutin bleu de ciel à paillettes d'argent ! Que je suis malheureuse !

Elle pleure.

m ! hi !

PIERROT, h part.

C'est affligeant.

ARLEQUIN

Mais cependant ce deuil vous fait libre, madame.

COLOMBINE

C'est vrai. D'ailleurs le noir sied aux blondes...

PIERROT, à part.

Quelle âme !

Quel cœur !

COLOMBINE

Et vous avez la preuve de sa mort ?

Je l'ai.

COLOMBINE

Pauvre Pieirot, hi ! hi ! Je Taimais fort !

PIERROT, à part.

Tais-toi; tu m'attendris^

COLOMBINE

Il avait la peau blanche, La taille fine...

PIERROT, à part.

Bien!

COLOMBINE

L'humeur joyeuse et franche, L'œil pétillant.

PIERROT, à pan.

Très-bien ! Qui jamais aurait cru, Moi mort, que mes beautés eussent ainsi paru !

ARLEQUIN

La douleur vous égare : il était maigre, blême, Gai comme un fossoyeur qui s'enterre lui-même ; Et, quant à cet œil vif qui voug semble si beau. Dans sa face de plâtre on eut dit un pruneau!

PIERROT, à part.

Drôle !

COLOMBINE

Au fait, il avait le regard noir et louche. Et certain tic nerveux dans le coin de la bouche. . .

PIERROT, à part.

Tu quoque. Brute!

ARLEQDIN.

L'âme était digne du corps !

Il ne valait pas mieux au dedans qu'au deliors : C'était un paresseux.

COLOMBINE

Un gourmand.

ARLEQUIN

Un ivrogne.

COLOMBINE

Un poltron.

ARLEQUIN

Un voleur.

COLOÎIBINE.

Un hâbleur sans vergogne.

ARLEQUIN

Un fort piètre sujet.

COLOMBINE

Pitoyable.

PIERROT, à part.

Parbleu ! J'ai bien lait de mourir, puisque je vaux si peu !

ARLEQUIN

Mais laissons de côté cette triste mémoire. Dites-moi, m'aimez-vous, malgré ma face noir^'?'

COLOMRIXE.

Cela me changera, mon défunt était blanc ; Foin d'un nouvel époux à l'ancien ressemblant !

PIERROT, à part.

Coquine !

ARLEQUIN

Je puis donc sans qu'elle me repousse A mes lèvres porter ta main fluette et douce ?

COLOMBIKE.

Portez.

PIERROT; àpnrt.

liai !

ARLEQUIN

Sans frayeur tu verras mon museau Mettre un baiser d'ébène aux roses de ta peau?...

COLOMBINE

Je suis brave, essayez...

Pcudanl le couplel qui suit, Arlequin caresse Colombinc. PIERROT, à part.

Ah ! la chienne ! ah ! l'infâme ! Mais que dis-je? Moi mort, elle n'est plus ma femme; Elle est veuve. J'allais faire un coup maladroit : D'embrasser Arlequin, certe, elle a bien le droit; Comme ils s'aiment ! J'ai là dans ce flacon la vie. Si je le débouchais ! Non, chassons cette envie ; Un mari n'est trompé que lorsqu'il est vivant.

PIEUUUT POSTHUME. 191

La scène cli<iufte fort, je cours risque en buvant

De me ressusciter précisément pour être...

Restons mort, c'est plus sûr. . . sauf plus tard à renaître.

COLOMBINE

Calmez-vous, Arlequin.

ARLEQUIN

Non, encore mi baiser !

COLOUBINE.

Point.

ARLEQUIN

Si lait, rien qu'un seul !

COLOHDINE.

Voulez-vous me laisser !

ARLEQUIN

Non.

riERROT, à part.

Arlequin va bien; je suis content en somme, Et j'ai pour successeur au moins un galant homme.

COLOUBLNE.

Courez chez le notaire afin de le prier De dresser le contrat et de nous marier ; Ce sera de vos feux la plus croyable preuve*

Arlequin sorl.

mm^^s^fm

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