‹ ThéatreChapitre 102 sur 232 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

COLOMBINE, PIERUOT.

PIERROT

Non je ne le suis plus... J'ai tout vu.

COLOMBhNE.

Vieux jaloux !

PIERROT

Moi, jaloux ?... Insensible aux j»lai-irs comme aux peines, Je ne |niis |)liis souffrir des passions buniaincs. Je suis mon sneclre.

r.oi,nMni>E.

Ab bab!

PIERROT POSTHUME. m

PIERROT

J'apparais, je reviens, Pur esprit dégagé des terrestres liens, Et tout tranquillement, devant qu'il fasse sombre, Au soleil de nndi je réchauffe mon ombre.

COLOMBI.NE.

Je t'avais vu, Pierrot, et j'ai voulu, par jeu Au moyen d'Arlequin te tourmenter un peu.

PIERROT

Qui, moi, m'inquiéter de ces billevesées?

Dans l'autre monde on a de plus graves pensées!

COLOMBINE

Je t'aime.

PIERROT

Je suis mort.

COLOMBINE

Allons donc !

PIERROT

J'ai vécu.

COLOMBINE

Embrasse-moi.

PIERROT

Fi donc! Faire Arlequin cocu ?

C'est votre époux ! j'irais commettre un adultère, ; *.' Et, funèbre galant sorti de dessous terre. Faire, en flagrant délit de conversation Criminelle, surprendre une apparition ? '^a'- j

Non, je sui^ trop moral.

COLOMBINE

Quelle étrange folie Laisse-toi caresser.

Pierrot f:iit un peste de dénégation.

Ne suis-je plus jolie, Que la petite femme, hélas! ne te plaît plus?

PIERROT

Si {.lit, mais mon état rend tes soins superflns.

COI.OMin.NE.

En Espagne, sans cloute, une brune coquine Retient ta fantaisie aux plis de sa basquine, Ou bien queli u; Moresque aux yeux de noir cernés A suspendu ton cœur à l'anneau de son nez, Et tu reviens ici, sec, n'ayant plus que l'âme, Jouer le rôle d'ombre et de mort i)Our ta femme.

PIERROT

Je suis sec, mais vit-on jamais squelette gras?

COLOilBI.NE.

Sans rancune, cher moit, mais tu me le paîras!

Elle tort.

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