‹ ThéatreChapitre 103 sur 232 · SCÈNE Mil · texte numérisé non relu

SCÈNE Mil

PlfRROT, puisAHLEQUIN.

PIERROT, seul.

Que je suis satisfait, en ce conflit néfaste, Légitime Joseph, d'être demeuré chaste ! Eu laissant mon manteau je me suis en allé. Honneur à moi !.., Pourtant j'étais ému, troublé; J'ai senti, pour un mort, un mouvement étrange; Mais c'est que la diablesse est faite comme un ange ! (Jiiel sourire câlin! quel petit air mignon ! Oui, je fus un grand sol de lui répoudre : Non I

ARLKQIIN, tiilninl, à part.

La Colombiue vient, en sortant, de me dire

Que c'était sou mari, cette face de cire.

Ce Pierrot dépendu qu'on devrait pendre encor !

PIERROT POSTHUME. ixy

PIKRROT.

Mais j'y songe, j'ai là dans ma poche un trésor. Ce flacon... l'élixir de longue vie.

\RLEQUI>, à part.

Ah ! diantre !

PIERROT

Et je vais m'en fourrer deux bons coups dans le ventre. De trois cents ans chacun.

ARLEQUIN, à part.

Tâchons de l'empêcher.

PIERROT

Cette fiole n'est pas aisée à déboucher.

ARLEQII.V.

Ma ruine dépend de cette réus;ilc !

Hélas ! Arlequin meurt si Pierrot ressuscite ! Trouvons quelque moyen qui ne soit pas commun Pour l'aborder. Hum ! hum !

PIERROT, se r<;tournanl.

J'entends tou>ser quojtpi'un.

ARLEQUIN

Bonjour, seigneur Pierrot.

PIERROT

Cachons bien la bouteille.

ARLEQUIN, à part.

Le flacon sort son col de sa poche ; à merveille !

Haut.

Et comment menons-nous cette chère santé ?

PIERROT

Mais, pour un trépassé, pas mal en vérité.

ARLEQUIN

Vous aVez l'air gaillard.

PIERROT

Oui. Pourtant, tout ù l'inuro, J'espèrebien jouir d'une santé meilleure.

l'^O ViilîlATRE.

Avec l'eau v'.:: docteur je veux faire un essai ; Arlequin, vous aimez nna femme?

ARLEQUIN

Oh!...

PIERROT

Je le sai...

Ne vous défendez pas, mon cher... Elle est charmante!... Arlequin, jiuez-moi d'épouser wtre amante; Si l'élixirn'a pas l'clfct que j'en attends, Mes mânes sur ma tombe erreront plus contents.

ARLEQUIN

Oui, je l'épouserai.-

l'IERHOT.

Jurez-le sur mes cendres !

Pour elle ayez toujours les égards les plus tendres! Ne la battez jamais... que qnand vous serez gris...

Arlequin, pendant ce diicours, tire le flacon de la pothc de Pierrot, boil l'elixir et met à la place la souris qui est dans la boîte, ali seuil de la maison de Colombine. ARI.KQUI.N, à part.

Le tour est fait, et toi, ma petite sotuis, Changeant de possesseur comme de souricière, Au lieu de l'éiixir, coule-toi dans ce verre.

ril-.RROT.

Ne m'ahandonne pas à l'instant solennel ! En buvant je remours ou deviens éternel ! Sahit, on bien adieu, ciel à la voûte bleue !

Il boit.

Quel prodige!... le baume avnit donc une queue!... Je la sens frétiller dans ma bouche 1...

ARLEQUIN

Pierrot, Lorsque vous avalez vous vnusdé[iê(bez trop... Vous Venez d'opérer...

PIERROT

Je fivmis d'épouvante !...

ARLEQUIN

^'ingurgitation d'une souiis vivante!...

Je la sens qui remue... et dans mon estomac Ses évolutions font un affreux mic-mac... Comme dans une cage, elle tourne, elle tourne...

ARLEQUIÎS.

Quand un endroit lui plait, longtemps elle y séjourne.

PIERROT

Croiiv avaler la vie et boire une souris !

ARLEQUIN

Sans doute vous avez chicané sur le prix...

Le docteur mécontent d'une somme incomplète,

Veut orner son armoire avec votre squelette.

PIERROT

Vous êtes consolant!... Oh ! quel saut elle a fait !...

ARLEQUIN, riant.

lia ! ha ! ha ! l'élixir eût produit moins d'effet !...

PIERROT

Tu railles, scélérat! tu ris de mes tortures !

ARLEQUIN

lii! hi! vit-on jamais plus grotesques postures?

PIERROT

Misérable !

ARLEQUIN, ressentant les effets de l'élixir.

Aie! aie! aie! ai-jepris du poison?

Je me sens travaillé d'une étrange façon... Je suis comme l'on est les jours de médecine... Ah! traîtresse liqueur!... Ah! boisson assassine!

PIERROT

Je la sens, sous ma peau, uiirclior, trotter, courir, Comme dans un buffet que je ne puis ouvrir ;

Page 1