‹ ThéatreChapitre 202 sur 232 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Durwasas, satisfait de son commencement de vengeance, s'approche de Sacounlalà; prolitant de son évanouissement, il letire du doigt de la jeune (ille l'anneau que le roi lui a remis et va le jeter au loin dans l'étang sacré; les jeunes fdlos, les brahmalcharis, les gourous entrent ayant en tète le sage Canoua. Ils aperçoivent Sacounlalà évanouie, la relèvent et la font revenir à elle. Du doigt elle désigne l'ermite, dont la [)hysionomie expiime toujours le courroux, et raconte à Canoua, son père adoptif, qu'elle est aimée du roi, qu'elle l'aime et (pi'il lui a juré de l'épouser; mais Durwasas, offensé involontairement, a, par ses maléfices, fait perdre la raison et le souvenir an roi Douchmanta. — Durwasas, qui a écouté ce récit, se rapproi he du groupe et dit : — Jamais ta fille ne .'-cra la fen)uicdu roi. — VA qui remj)C'clierait? répond Canoua. — Moi, réplique Dinwasas, les yeux brillants

(le haine, sans se laisser attendrir parles supplications de Sacounlalà tombée à ses genoux.

Ces menaces répandent la consternation parmi les jeunes filles et les bramatcliaris, qui connaissent la rancune et le pouvoir de Durwasas.

Canoua d'un air calme rassure sa fille et dit qu'il va faire ses efforts pour conjurer le sort. Si Durwasas est puissant pour le mal, lui est puissant pour le bien. 11 s'approche du temple, récite une formule et jette sur l'autel une poignée de l'herbe cousà. Le feu brille, et, dans la fumée qui s'élève et se sépare, se dessine un groupe représentant Douchmanta posant une couronne sur la tête de Sacountalà. Une lueur d'un bleu céleste éclaire ce tableau. Les malédictions du méchant Durwasas seront neutralisées par les prières du pieux Canoua. Ce présage heureux rassure la jeune fille et ses compagnes.

Mais l'irascible ermite, qui a regardé cette scène d'un air méprisant, s'approche de l'autel, invoque Sliiva, dieu de la destruction, répand de l'herbe sacrée sur le feu et fait apparaître dans la fumée un tabliau oiî l'on voit Sacountalà agenouillée sur un bûcher en flamme. Une lueur rouge jette son reflet sinistie sur otte scène.

Un sentiment d'aiigoi>se s'empare de tous les cncurs. Lequel de ces deux présages faut-il croire? Sacoimtalà d'abord laisse pendre ses deux bras avec abattement; mais bientôt elle relève la tête. La courageuse jeune fille bravera les malédictions et les présages funestes ; elle ira malgré tout retrouver, au palais d'IIaslinapourou, l'infortuné Douchmanta, qui peut avoir besoin de son dévouement. — Le sage Canoua l'approuve et la bénit.

Elle va pailir, mais ses vêtements sont trop simples pour se présenter à la cour. Comment faire? les brahmes vivent dans la pauvreté, et la sainte solitude n'a pas de bazar oiî l'on puisse acheter de riclies habits.

Canoua répond qu'il ne faut pas s'en inquiéler, et que le Ciel y pourvoira.

On commence la toilette de Sacountalà, ses compagnes la dépouillent de ses voiles.

Tout à coup la jeune fille s'aperçoit avec terreur qu'elle n'a plus son anneau.

Comment désormais pénétrer dans le palais d'IIastinapourou, et se faire reconnaître comme fiancée du roi?

— Reste avec nous, dit Priyamwada. — Non, je braverai tout, répondit la jeune femme. — N'as-tu pas l'amour du roi ! dit Anousouya, il le reconnaîtra à ta beauté ; qu'as-tu besoin de l'anneau?

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