‹ ThéatreChapitre 21 sur 232 · LE PÈRE ÉTERNEL · texte numérisé non relu

LE PÈRE ÉTERNEL

Allons, Bonaventure, remonte à ta fenêtre et replace-toi dans ta chape de plomb.

AZRAËL, au paradis, dans sa stalle.

Elle est perdue ! elle est perdue ! Distraite pendant la messe !

ÎIAGDALENA.

Perdue ! et pourquoi ? Jeu ai bien fuit d'autres, moi qui vous parle, et cependant me voilà ici; elle se repentira après, et la confession la rendra plus blanche que neige.

SATAISAS, fou5 la figure du fils du comte.

Mademoiselle, voici votre missel qui était tombé à terre ; il est tout fripé et tout taché; daignez accepter le mien. Laissez-moi celui-ci : j'ai un enlumineur fort habile qui réparera le dommage.

BLANCHEFLOR.

Monseigneur, vous êtes bien bon... (Eiu- ouvre lo livre.) Ah! mon Dieu ! qu'il est beau ! que ces figures sont bien peiutes ! quelles couleurs éclatantes! le ciel n'a pas d'azur plus limpide que celui-ci. Comme cet or brille! comme ces fleurons sont délicatement entrelacés ! que ces marges sont ornées avec goût ! .C'est un livre irès-précieux. Vo\ons les images, (eho feuillette le livre.) Quel est douQ ce sujct? je ne le connais pas. Un jeune homme et une jeune fille qui se promènent seuls dans un beau jardin en fleurs ; leuis yeux 1 rillent d'im éclat extraordinaire, leurs lèvres s'épanouissent comme des roses. Le jeune homme a un bras autour de la jeune ûWe; on diciit qu'ils vont s'embrasser. C'est étrange, mais je n'ai jamais vu

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de pareilles vignettes dans un livre de nie?se. Comme ils ont l'air lieiircu.v ! Jesuistoule troublée, et il me vient des pensées qui ne m'étaient pas encore venues... Ah! (jue vois-jc encore? un aulre couple : la femme est à moi;ic nue, ses cheveux inondent ses blanches épaules, ses bras diaphanes s^ml noués an cou d'un beau cavalier ; les lèvres de la iemme sont collées aux siennes, elle a l'air de boire son lialein *. Appaien:ment c'est la parabole de l'enfant prodigue quand il est cliJz

les courtisanes. (Elle tourne encore quelques feuilleU; les images deviennenl de [dus eu plus licencieucs.) Je nie SCUS la fignre tOUt Cn

feu ; je ne voudrais pas voir et je regarde. Qne (out cela est singulier!

SATA.N.VS.

Si cette verlu-là était s ulc dans une chaniliro, le premier vice un peu bien vêtu qui se présenterait in aurait bon maiclié. Sa gorge palpite comme une eau pendant l'orage, ses joues sont [)lus rouges que di'S cerises, ses yeux sont humides. Comme l'idée du plaisir agit sur ces jeunes lètes ! Ces Irois pauvres petites vertus théologales ne sont réellement pas de force à lutter conlre sept gros gaillards de péchés capitaux !

n' ANCMEFLOU.

11 me semble qu'il serait bien agréable d'être embrassée ainsi jiar le page Valentin ; il a les dents si bla.'.ches et les lèvres si roses ! Voyons encore cette image; je n'en regarderai plus après.

SATANAS

Tu les regarderas jusqu'à la dernière, ou je veux ni'enqiorter moi-même.

WI/AËL, là-liaul.

Mais c'est (prclle y prend goût! Aurait-on cru cola? I/cussiez-vous cru, Desdcmoiia?

DESDIiMO^A.

.le U(! le croyais pas; nuiis ma suivante Kmilia n'i'laitpas de mon avis, et prétendait (|uc la chose ét.iit connuuue.

LMi LAKMt DU DIAULE. 21

MI/AtL.

Fiez-vous donc à ces petites prucK^squi s'en vont l'œil baissé et les mains croisées sur la moclct.tic !

MAGDALENA

Je vous avais bien dit qu'il n'y avait rien de si cbanccux que d'aimer des lionuclcs femmes; il y a toujours là-dessous quelque déception.

DESDEMONA

Comme vous y allez, Jiagdalenal Parce que vous avez mi né une conduite pour le moins équivoque, il ne faut j)as...

MACnAI.EXA.

Allez donc, madime l'amoureuse de nègres, qui vous êtes s.aivécde nuit de chez vo'rc p rc, le digne Brabantio !

DE DEMO.NA.

C'é'ait avec mon mari ; il faut suivre son mari, et je me moque de ce que...

MAGDALENA

Je veux bien croie que les soupçons du moricaud sur Cassio fussent injustes; il y avait un motif (|uî vous empêcbaitde prendre un amant : les enfants que vous auriez faits avec lui auraient été blancs, et cela vous aurait vendue.

DESDEVOKA.

Peut-on dire de pareilles horreurs ! J'en ai les larmes aux yeux.

CHIUSTUS.

Paix, Magdeleine ! respectez un peu la plus belle fille de mon poëte Shakespeare.

BLAiNCHEFlOR.

Si j'avais un amant qui resscmbhlt au jeune seigneur peiui sur cetle miniature, je serais bien heureuse.

LE r HÊTRE.

0 salutaris hostia !

SATANAS, se sauvant.

Je bn'ile ! je brûle!

BLASCHEFLOr.;

Est-ce que j'ai dormi et rêvé? Où csl donc le livre que je tenais tout à l'heure?

AI.IX

Tu cherches ton livre? le voilà.

Elle lui donne son vérilablc livre de messe. BLANCHEFLOR.

Mon Dieu ! pardonnez-moi la coupable distraction que j'ai eue pendant votre sainte niesie : il s'c^t passé en moi quelque chose qui n'est pas naturel : l'air que je respirais m'enivrait comme du vin ; mon. souffle me brûlait les lèvres, les oreilles me tintaient, mes tempes battaient, des images impures dansaient devant mes yeux. Je ne me suis jamais sentie ainsi.

LE PÈRE ICTERNEL.

Pauvre enfant ! je le crois bien ! Mizaél, descends lui dire que je lui pardonne.

MIZAËL.

Blancheflor, Dieu vous pardonne.

BLANCIIEFLOR.

Je ms sens plus tranquille.

E.NGOLLEVEM.

Comme l'or rit et babille à travers les mailles de celle bourse ! Elle ne tient qu'à un fil ; si je le coupais?

SATA.NAS, à son oreille.

Coupe-le, personne ne tevoil.

F.KGOL'LEVEM.

Au fait, cevieu.v ladre est riche, et je ne lui ferai pas grand tort.

SATANAS

Au voleur ! au voleur ! Cet homme vient de hap[)cr une bourse.

On tu saisitt

LINE LAKML; du diable. 23

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