‹ ThéatreChapitre 225 sur 232 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

. Sacountalâ, couverte d'un voile à travers lequel scintillent les joyaux du magnifique costume donné par les déesses du ciel et de la forêt, et suivie de Ganoua, le vertueux ermite, de Gautami et des Brahmiues, s'avance modestement jusqu'au pied du . trône de Douchmanta qui paraît surpris qu'une femme mariée ose se présenter à lui. Gar Sacountalâ, depuis l'aventure de la forêt, ne porte plus le costume des Vierges.

Avec le cortège de la jeune femme est entré l'ermite Durwasas. Il se place à côté du trône, après avoir entr'ouvert sa robe de brahme qui cache des maillots de pénitent. Le public est ainsi mis dans la confidence du déguisement pris à la fin du premier acte. Du poste qu'il a choisi, Durwasas, par des gestes conjurateurs, augmente la folie du roi et l'empêche de reconnaître Sacountalâ.

La jeune femme se prosterne devant le monarque, puis se relève lentement, lui pose les mains sur les genoux et lui offre sa ligure en pleine lumière. — Le roi s'incline, regarde attentivement et fait signe que cette femme lui est inconnue.

Marques de joie de la reine llamsati qu'alarmait la beauté surhumaine de Sacountalâ et qui craignait en elle une rivale venant faire valoir ses droits à l'amour du roi.

Sacountalâ confuse se relève, se tord les mains dans l'attitude de la plus profonde douleur. Elle penche la tète sur le sein de sa gouvernante Gautami qui lui murmure un conseil à l'oreille.

Alors Sacountalâ essuyant ses larmes mime la scène do l'abeille

et la scène d'amour du bois sacré avec les détails do la robe prise au buisson, du bracelet rattaché, se rapprochant du roi à chaque épisode pour voir si le sor.venir «e réveille en lui. Douchmanla paraît suivre avec intérêt cette pantomime et semble vouloir en deviner le sens inconnu. — Tous les efforts de Sacountalà sont rendus vains par les sortilèges de l'ermite Durwasas. — Canoua prie le ciel avec ferveur pour atténuer l'effet de la malédiction, mais sa prière n'est pas, exaucée; la mauvaise influence l'emporte.

Décidément Douchmanla ne connaît pas Sacountalà. Hamsati triomphe et veut chasser cette intrigante, cette femme éliontée qui vient poursuivre jusque sur le trône un prétendu amant. Alors la jeune femme rappelle au roi qu'd lui a donné son anneau comme gage de fiançailles et moyen de reconnaissance; — eh bien! représente cette bague gravée à notro nom et peut-être pourrons-nous te croire. Sacountalà raconte qu'elle a perdu r.imuau et qu'il lui a glissé des doigts connne elle faisait ses abluiion> dans la thirta ou étang sacré. Douchmanla lui reproche de débiter des histoires mensongères et d'essayer de prendre un titre qui ne lui appartiint pas. Hamsati à laquelle se joignent les autres femmes comme un chœur irrité injuri'3 et maltraite Sacountalà qui résiste cl s'attache désespérément au.v genoux du roi. Mais Hamsati l'en arrache avec violence; il n'y a pas de supplice assez cruel pour celte malheureuse qui a tenté d'abuser de la bonne foi royale et d'usurper le titre de reine. Qu'on la f;isse déchirer par les tigres, écraser par les éléphants, qu'on la jette aux crocodiles du fleuve ou aux flammes du bîicher. Ce sera toujours trop doux pour elle. — Accourez, esclaves, dit Hamsati, emparez-vous d'elle, entrainez-la et que prompte justice soit faite. Des nègres amènent Sacountalà les bras liés derrière le dos, comme un coupable de la plus vile espèce. Les hommes paraissent louches de pitié, la beauté de Sacountalà les atbmdrit, mais elle irrite les feimnes qui manifestent une joij féroce de la voir marcher à la mort. Canoua agenouillé murmui ; l'ineffable monosyllahle om dont l'effet est si jjuissant, Gautanii pleure et le farouche Durwasas ricane dans sa harhe.

L'amsati rayounaiile cl désormais sans rivale s'asseoit sur le Irôiie à côté de Douchuianta, promenant fièrement ses regards autour d'elle. Quant au roi, il e.sl resté pensif et il cherche à son doigt son anneau royal dotil il aperçoit l'absence pour la première

SACOUNTALA. ô'Jj

fois. — Il ne l'a plus, il l'a donc donné, car nul voleur n'eût clé assez audacieux pour le lui prendre.

Page 1