AUX
Que dites-Vous donc à Blanclieflor, et qu'avez-vous à chuchoter comme si vous aviez peur d'être entendu ?
SATAN AS
Je la félicitais sur ce honlieur qu'elle a d'être la sœur d'une aussi belle et gracieuse personne que vou? êtes, et je lui marquais combien j'avais l'imagination frappée des mérites qu'on vous voit.
ALIX
Vraiment ! c'était là ce que vous lui disiez? i
SATANAS
Ce ne sont peut-être point les termes exprès, mais c'est quelque chose comme cela, (a part.) Par tons les saints du paradis ! voilà une scène qui se pose d'une façon qui n'est pas des plus neuves, et qui m'a furieusement l'air de vouloir ressembler à la scène de don Juan entre les deux villageoises. Pour mon honneur de diable, j'aurais dû trouver quelque moyen plus original et ne pas lairc le plagiaire comme un auteur à la mode, mais, bah ! ce moyen est assez bon pour ces petites sottes ; d'ailleurs, femmes et poissons se prennent au même appât depuis le cominencement du monde ; cent
goujons viennent mordre à la même ligne, cent femmes à la même ruse; le [)oisson ne sort pas de la pocle pour aller conter aux autres comment i! a été pris, et les femmes, qui sont pies dans toutes les autres occasions, sont poissons dans celle-là.
BLANCHEf LOR.
A quoi pensez-vous donc ? vous avez l'air distrait.
SATAN AS
Je pensais à ceci : que, si j'étais vous, je n'oserais sortir ainsi dans les bois sans voile.-
BLANCHEFLOR.
Pourquoi ?
SATANAS
De peur que les abeilles ne prissent mes joues pour deux roses et mes lèvres pour une grenade en fleur ; vos dents ont r;iir de gouttes de rosée et leur pourraient donner le change.
m.A.\CHEFLOR.
Oli ! les abeilles ne voleront pas sur mes lèvres.
SATANAS
Les abeilles, peut-être que iwn, mais bien les baisers: les bjiscrs sont les abeilles des lèvres, ils y volent naturellement.
Il la baiic sur la bouche.
, ALIX
Que faites-vous donc?
SATANAS
Je montre à votre sœur comment je forais pour vous embrasser.
n l'embrasse à son tour. ALIX, à part.
0 suavité ! il me semble que mon âme se fond, et le feu Je SOS lèvres a passé jusqu'à mon cœur.
SATANAS
J'aurais mille choses à vous dite ; (ju;iiid pouirai-je vous
UNE LAHME DU DIADLE. 33
voir? Quel mal y a nail-il à vous aller un soir pronnner au jardin et vous asseoir sous la tonnelle do lilas? J'y vais quelquefois me rc|)Oser et rèvir à celle que j'aimerai.