‹ ThéatreChapitre 28 sur 232 · AUX · texte numérisé non relu

AUX

Il est si doux de respirer au clair de lune Tàme parfumée des fleurs !

SATA.\AS ù Blandicflor.

Votre sœur pense que j* l'aime mieux que vous, mais elle a tort; vous êtes celle que je chcrcliais, et il y a déjà bien longtemps que je vous adore sans vous connaître.

liLANCHEFLOR.

C'est singulier, mais je suis avec vous comme si vous étiez un ancien ami, et, quoique ce soit la première fois que je vous vois, vous ne m'êles pas étranger : je reconnais votre figure, votre son de voix ; j'ai déjà entendu ce que vous dites. Oui, c'est bien cc'a, vous êtes bien lui.

SATANAS

En effet nous sommes de vieilles connaissances, (v part.) Voilà bientôt que'que six mille ans que je t'ai séduite; tu avais, alors la figure d'Eve, moi celle du serpent, l'st, ps(, c'est ainsi que je sifflais, pst!

BLANCHEFLOn.

Ail ! voilà ce que je cherchais à me rappeler, le discours dont je ne savais plus que quelques mots vagues et décousus.

SATAN AS

La petite a la mémoire bonne ; pour peu que je la remette encore sur la voie, elle va se ressouvenir de ce bienheureux jour où, sous les larges feuilles de l'arbre de science, je cueillis dans sa fleur la première virginité du monde et fis le plus ancien cocu dont l'histoire fasse mention, (se pcndianivcrs ahx.) Je suis fils cadet de l'enqjer^'ur de Trébizonde; j'ai six coffres pleins do diamants et d'escarbuucles ; je puis, si lu le veux, décrocher deux éloiles du ciel pour t'en l'aire des boucles

Zi THEATRE.

d'oroilles ; jo te donnerai pour rollier un fil de perles qui ferait le tour du monde ; je couperai un morceau du soleil poiu' le faire une jupe de brocart, et la lune nous fournira de la toile d'argent pour la doublure,

ALIX

Oh! rien de (ont cela, mais un bai^er de ta bouche.

SATAKAS.

0 précieuse innocence! tu n'es encore bonne qu*3 étaler consciencieusement le beurre de chaque côté de la tartine et à faire des sandwichs pour le déjeuner. Il fallait prendre les diamants, le baiser n'eu éùt pas été moins savoureux ; c'est du reste la première femme qui, depuis que j'exerce le métier de tentateur, ait refusé des bijoux et de l'or. L or et la fcmn'.e s'attirent connue l'ambre et la paille.

BLANCHEFLOn.

Je t'aime tant, que je voudrais être loi pour ne te quitter jamais.

SATANAS

Ange du ciel ! perle d'amour! rougeur de la rose! couleur du lait! ù miel et sucre! ô tout ce qu'il y a de pastoral et de charmant au monde! cinname, manne distillée, Heur des prairies, noisette des bois ! ô vert pomme et bleu (K; ciel ! On ne peut pas dire deux mots de galanterie à ces diables de femmes ([u'elles ne vous condanmcnt aux galères d'amour à perpétuité! Tu \oudrais être moi, pauvre enfant! Tu ne me ressendiles guère en cela, et il y a longtemps qu'il m'emmie d'étii^ moi. Vois-tu, on est à soi-même un terrible la( lieux, un visiteur bien indiscret et un importun d'autant plus insupportable qu'il n'y a pas moyen de le mettre à la porte. Toutes les âmes n'ont pas un aussi joli logenn-nt que la tienne, et beaucoup souhaitent par ennui fc que tu .«ouhaitcs par amour.

AI, IX

Je me doiuuM'ai à toi pour l'éternité.

UNE LAllME DU blADLE. 35

SATA^AS, à part.

lleuh! lieuli! lu rencontres plus juste que In ne penses. Pour l'éternité! Il ne s'ngit pas ici de l'éternilc des amoureux, dont il en peut tonir vin^it-qualre à l'année, mais d'une belle et bonne éternité du bon Dieu, sans commencement ni fin, une vieille qui se mord allégoriquement la queue, et dont personne no connaît ni le père ni la mère.

BLAXCHEFLOn.

On jouit du haut de la colline d'un point de vue délicieux; assise au penchant de la côte, j'aime à respirer la senteur des fèves et l'odeur du feuillage. Je regarde coucher le soleil; je donne'un b;ii>or à la nature; la nature sourit si doucement aux veux pendant les mois de la jeunesse el du printemps!

SATAXAS, paiiant tanlôl à Alix, laiiloi a Blancliodor.

La'nature est en effet une chose fort agréable, et je vais indubitablement devenir un "de ses plus assidus adorateurs. Au coucher du soleil sur la colline; au lever de la lune dans le berceau de lilas. Mes divinités, une affaire de la plus haute importance exige que je vous quitte. Adieu, ma colombe aux yeux bleus; adieu, ma gazelle aux yeux noirs; adieu, mon idéal ; adieu, ma réalité; adieu, mes infante?. Je baise vos petits pieds niigno.is et le bout de vos mains blanchettes. Ser\iteur.

Exil.

UI.ANCIIEFLOR.

Il a vraiment des dénis superbes; ce sc;a un excellent mari.

ALIX

Il a les ongles les mieux faits du monde. C'est un homme de grand mérite.

E\imul.

TllÉATIlE.

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