‹ ThéatreChapitre 46 sur 232 · FI.OUI.NE · texte numérisé non relu

FI.OUI.NE

Vous aimez vous faire répéter les choses : — ma maîtresse est chez elle, c'est vrai, mais c'est comme si elle n'y était pas. Madame ne veut recevoir personne, ni aujourd'hui, ni demain, ni après ; c'est une chose résolue; nous voulons vivre désormais loin du bruit et du monde, dans une solitude inaccessible.

LE DUC

Tiaderi-di^a, — nous y mettrons bon ordre ; nous n'avons pas envie de mourir d'ennui tout vifs. Nous poursuivrons Célinde jusqu'au fin fond de sa Thébaïde. — Que diable ! après avoir montré à ses amis un si joli visage pétri de lis et de roses, on ne leur fait pas baiser une figure de bois de chêne étoilée de clous d'acier.

LE C0)1MA^■DEUR

Célinde, la perle de nos soupers ! Célinde qui trempait î^i gaillardement ses jolies lèvres roses dans la mousse du vin de Cham[iagne moins pétillant qu'elle l

LE MARQUIS

Céhnde qui chantait si bien les couplets au dessert, qui nous amusait tant! Célinde, ce sourire de notre joie, cette étoile de nos folles nuits!

LE CHEVALIER

Elle se retire du monde !

LE DUC

Elle se fait ermite et vertueuse !

LE CHEVALIER

C'est ignoble!

C'est monstrueux !

LE DUC

M. DE VAUDORE.

Que faites-vous donc, ainsi claquemurées? A quoi passezvous votre temps?

FLOIIINE.

Nous lisons le Contrat social, et nous étudions la philosophie.

LE COMMANDEUR

Je gage que votre philosophie a des moustaches et des éperons.

LE MARQUIS

Célinde est amoureuse d'un nègre ou d'un poète pour le moins.

LE DUC

Quelque espèce de ce genre.

LE CHEVALIER

Fi donc ! Célinde est une fille qui a des sentiments et qui n'aime qu'en bon lieu ; c'est un caprice qui ne peut durer.

LE COMMANDEUR

Comment allons-nous faire poiu' nous ruiner?

LE MARQUIS

Elle avait une fantaisie inventive à dessécher en un an lu plus riche veine des mines du Pérou. 11 faudra maintenant Injuver nous-mêmes la manière de dépenser no're argent. Son absence se fait cruellement sentir. Vous n'allez j)as nie croire, tant c'est lidicule, mais il y a jjIus de quinze jours que je n'ai rien emprunté; je ne sais que faire de mes richesses. Tiens, duc, veux-tu ipie jeté prête mille louis? LE nue.

Merci ; je joue du soir au matin pour jjic préterver d'une congestion pécuniaire.

LE MARQUIS

Il faut y prendre garde, c'( st grave. Vois plutôt ce gros financier, il est bourré d'écus, de louis, de doublons et de quadruples que son gilet mordoré a toutes les peines du monde à contenir, il va éclater un de ces jours, il mourra d'or fondu.

Il n'y avait que Célinde pour empêcher de pareils malheurs !

LE CHEVALIER

Qu'allons-nous faire aujourd'hui?

LE DCC

Ma foi, je ne sais, mon cher ; je m'élais arrangé dans l'idée de passer ma soirée chez Célinde. Du diable si j'imagine rîcn !

LE COMMANDEUR

Parbleu ! restons. Si Célinde ne veut pas y être, ce n'est pas notre faute. Nous sommes ici un peu chez nous, d'ailleurs..

LE DUC

J'ai donné la maison.

LE COMMANDEUR

Moi, l'ameublement.

LE MARQUIS

Moi, la livrée et les équipages.

LE CHEVALIER

Nous sommes ici en hôlel garni...

TOUS

Par nous.

i LE COMMANDEUR.

Rcslon£-y.

LE CHEVALIER

Voilà des caries; faisons un whist.

FLORIN E

Y pensez-vous, messieurs? — Vous oubliez que vous n'clcs pas chez vous.

58 T II i: AT HE.

LE DUC

Au contraire, ma belle, nous nous en souvenons. — A combien la fiche, monsieur le chevalier?

LE CHEVALIER

A un louis, pour commencer.

FLORIN" E

Messieurs, de grâce...

LE CHEVALIER

Si lu (lis un mot de plus, Florine, l'on le fera embrasser M. de Vaudoré, qui est aujourd'hui dans un de ses beaux jours de laideur.

FLORINE

Je vous cède la place, et. vais informer ma maîtresse de ce qui se passe.

LE DUC

Ce serait vraiment un meurtre de laisser prendre à uneaussl jolie fille que Célinde des habitudes sauvages et gothiques; maintenons-la malgré elle dans la bonne roule, et ne lui laissons pas perdre les traditions de la belle vie élégan'c.

LE CIIEVAIIER.

La voici elle-même ; notre obstination a produit son eflct.

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