‹ ThéatreChapitre 49 sur 232 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CÉLINDE, SAINT-ALBIN.

CÉL1NDE-.

Enfin ! — J'ai cru que vous ne viendriez pas,

SAl.M-AI.BI.N.

il n'est pas l'heure encore.

CÉt.INDE.

Mon cœur avance toujours. — Personne ne vous a vu?

SAIST-AI.niX.

Personne. La ruelle était déserte.

CÉU.NDE.

Ce n'est pas que je rougisse de vous, — bien que vous ne soyez ni duc ni traitant ; — mais je crains pour mon bonheur. — Nos grands seigneurs blasés ne me pardonneraient pas d'ê- !re heureuse.

SAhNT-ALUI.N.

Est-ce qu'ils vous enlour. nt louiours de IcMrs obsessions?

CÉLINDE.

Toujours. — Mais j'ai pris mon parti. — J'abandonne pour vous la gloire, les plancjies, la fortune, ii quitte le théâtre.

SAINT-ALBIIf.

Vous renoncez à l'Ouéra !

CÉI.LNDE.

Cela m'ennuie de vivre dans les nuages et dans les gloires mythologiques. J'abdique ; de déesse, je redeviens femme. — Je ne serai plus belle que pour vous, monsieur.

SAINT-ALDIN.

Comment reconnaître une pareille mnrque d'amour ?

CÉI.INDE.

Les répétitions ne viendront plus déranger nos rendez-vous. Nous aurons tout le temps de rtous aimer.

SAIM-ALBI.N.

Oui, ma toute belle.., Vingt-quatre heures par jour, ce n'est pas trop.

CÉLINDE.

Nous vivrons à la campagne, tout seuls, dans une petite maison avec des contrevents verts, sur le penchant d'un coteau exposé au soleil levant; nous réaliserons l'idéal de Jean-Jacques. Nous aurons deux belles vaches suisses truitées que je trairai moi-même. — Nous appellerons noire servante Kctly, et nous cultiverons la vertu au sein de la belle nature.

SAIM-ALDI.N.

Ce sera charmant. Vous m'avez compris ; la vie pastorale fn toujours mon rêve.

CÉLI.NDE.

Le dimanche, nous irons danser sous la coudrelte avec le bons villageois. J'aurai un déshabillé blanc, des souliers plais et un sin)ple ruban glacé dans mes cheveux.

SAINT-ALBIN

Pourvu que vous n'alliez pas vous oublier au milieu de

f)G THEATRE.

la contredanse et faire quelque pirouette ou quelque gargouillade.

CÉLI.NDE.

N'ayez pas peur. J'aurai bien vite désappris ces grâces factices, ces pas étudiés. J'étais née pour être bergère.

SAI>"T-ALBI.\

Labourer la terre, garder les troupeaux, c'est la vraie destination de l'homme... — Paris, ville de boue et de fumée, que ne puis-je te quitter pour jamais!

CÉLLNDE.

Fuyons loin d'une société corrompue.

SAI.NT-ALBIX.

J'aurais cependant bien voulu me commander une vesje tourterelle et quelques babits printaniers assortis à notre nouvelle existence. Ces tailleurs de village sont si maladroit^ ! Mais qu'importe au bonlieur la coupe d'un vêlement? La vertu seule peut rendre l'homme heureux.

CÉLIXDE.

La vertu... accompagnée d'un peu d'amour... Venez, cher Saint-Albin.; ma voilure nous attend au bout de la ruelle.

SAI.M ALBIN

Il faudra que j'écrive à la famille dont j'élève les enfants d'après la méthode de V Emile qu'une nécessité impérieuse me lorce à renoncer à ces fondions pliilosophiques.

CÉLIKDt:.

Vous aurez ]>ent-être plus lard l'occasion d'exercer vos talents dans notre ermitage... Ah! Sainl-Albin, je ne serai pas une mère dénaturée ;.. . notre enfant ne sucera pas un lait' mercenaire!

Us iorlcnt.

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