‹ ThéatreChapitre 54 sur 232 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

CÉLINDE, FLOIUNE, LE DUC.

c^.I,l^DE.

Ciel' le duc!

FI.OIIINE.

Monseigneur' quoi ! c'est vous?

LE DUC

Moi-même,... chai mante sauvage, je vous trouve enfin l

Voilà trois semaines que mes grisous batleiit la campagne pour vous déterrer.

FLORIiNE.

Le fait est que nous étions au bout du monde.

Vous me haïssez donc bien, mauvaise, que vous vous êtes expatriée pour ne plus me voir ! A propos, voilà Tccrin que vous m'avez renvoyé, comme si j'étais un traitant. — Un homme de qualité ne reprend jamais ce qu'il a donné.

CÉH>DE

Monsieur !

FLORIN E

11 n'y a que les gens de race pour avoir de ces procédés-là. LE Dec.

Vous aviez un caprice pour ce petit freluquet ; ce n'était pas la peine de vous enfuir pour cela. — Un homme d'esprit comprend tout. Je me serais arrangé de façon à ne pas rencontrer Saint-Albin, ou plutôt il fallait me le présenter. Je l'aurais poussé s'il avait eu quelque mérite. Une jolie fernme peut avoir un philosophe comme elle a un carlin, cela ne tire pas à conséquence.

CÉLINDE.

Saint-Albin a su m'inspirer l'amour de la vertu.

LE DUC

Lui! Je n'en voudrais pas dire du mal, car j'aurais l'air d'un rival éconduit; mais ce cher monsieur n'est pas ce qu'il paraît être, comme on dit dans les romans du jour, ou je me trompe fort.

> FLORINE

Je suis de l'avis de M. le duc, M. Saint-Albin a des allures qui ne sont pas claires pour un homme patriarcal et bocager.

CÉLIKDE.

Florine..r

Ma chère Célinde, je vous aime plus que vous ne sauriez le croire d'après mon Ion léger et mes manières frivoles. Je ne vous ai jamais dit de phrases alambiqiiées : — pourtant j'ai fait pour vous des sacrifices devant lesquels reculeraient bien des amants ampoulés et romanesques. Sans parler de deux ou trois coups d'épée que j'ai donnés et que j'aurais pu recevoir,— pour que vous pussiez écraser toutes vos rivales, pour que votre vanité féminine ne souffrît jamais, j'ai engage le château de mes pères, le manoir féodal peu|)lé de leurs portraits, dont les yeux fixes semblent m'accabler de reproches silencieux. Les juifs ont entre leurs sales griffes les nobles parchemins, les chartes constellées de sceaux armoriés et d'empreintes royales ; mais Célinde a pu faire ferrer d'argent ses fringants coursiers, mais sa beaulé, fleur divine, a pu s'épanouir splendidement au milieu des merveilles du luxe et des arts, ce joyau sans prix a vu son éclat doublé par la richesse de la monture. Et moi, l'air dédaigneux et le cœur ravi, tout en ne parlant que de chiens et de chevaux anglais, j'ai joui de ce bonheur si doux pour un galant homme d'avoir réparé une injustice du sort en faisant une reine... d'opéra de celle qui eût diî naître sur un trône.

FLORIKE.

Comme monsieur le duc s'exprime avec facilité, bien (ju'il n'emprunte rien au jargon des livres à la mode ! — Je n'aime pas les amoureux qui donneraient leur vie pour leur maîtresse, et qui lui refusent cinquante louis ou la quittent pour ([uelque plat mariage.

CÉLIMtF.

Cher duc, ah ! si j'avais pu savoir!... llélas ! il est trop tard... Saint-Albin m'adore... je dois finir mes jours dans Cette retraite... loin du bruit, loin du monde, loin des succès.

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