‹ ThéatreChapitre 63 sur 232 · GEORGES, PAU,, ANTOINE, LORD DURIEY · texte numérisé non relu

GEORGES, PAU,, ANTOINE, LORD DURIEY

ANTOINE

Lord Durley !

l'AUL, s avançant vers lo nouveau venu.

Laiïsez-nioi piésenler, clier Clarencc, Mon ami d'Angleterre à mon ami de France: •

— Lord Clarence Durley, — comte Georges d'Elcy. —

GEORGES, saluant.

Myloid...

LORD DUIU.EY, m-mo jeu.

Monsieur... pardon... mais... je cliercliais ici Monsieur d'Klcy le père, et je vois un jeune lioninie...

GEORGES

De ce nom, par malheur, nul que moi ne se nomme.

— A Votre Grâce, puis-je être agréable en rien ?

LOr.D DURLEV.

Faites-moi la faveur d'un moment d'entretien.

GEORGES

Très-volontiers.

PAUL

Faut-il que je balte en relrait'î?

LORD DUnLEY.

Non, Paul, restez, — je sais votre amitié discrète :

(a Georges.)

Vous êtes le tuteur de miss Lavinia?

GEORGES, surpris et troublé.

Quel démon ou quel Irailre ainsi le renseigna?

Oui, mylord ; mais ce nom qui vous l'a fait connailrc2

PAUL, à part.

Sur le jardin de George aurait-il sa fenêtre !

LOHD DLT.LEV.

Un pur hasard. — J'étais, en simple désœuvré,

Pour y voir les tableaux, dans une église entré,

A cette heure oiî toujours la solitude y règne ;

Une jeune personne, à côté de sa duègne,

S'était agenouillée et priait au saint lieu.

— Oii je venais pour l'art, elle venait pour Dieu. —

Son beau Iront, ses cheveux en bandeaux sui ses tempes

La faisiiient ressembler aux vierges des eslampes

Dont elle avait 1 1 douce et tranquille fierté ;

Vrai type italien à Paris tran?po; lé.

Sans qu'elle m'a[)erçût, car la nef était sombre,

Elle sous un rayon, et moi voilé par l'ombre;

Je contemplai longtemps son front pin*, que le jour,

En le dorant, semblait dé-igner à l'amour.

Tout en la regardant, mon âme sentait fondre

Cet ennui froid et noir comme un brouillard de Londre,

Et que j'ai d'Angleterre en France rapjwrté.

Mou cœur, d'entre les morts, était ressuscité !

Son oraison finie, elle ajusta sa mante

Et sortit à pas lents, sérieuse et charmante.

Jusque sous le portail, de loin je la suivis ;

Un coupé l'attendait aux marches du parvis ;

Mais si rapidement que partit la voiture.

Moi, je tenais un fil pour nouer l'aventure.

<ji tiieati;e.

Depuis je l'ai revue à Saint-Gormain-des-Piés Examinant les murs de fresques diaprés De l'œil intelligent dont regarde une artiste, Mais elle ne sait pas seulement que j'existe.

PAUL, ù pari.

Le sort de la bataille à prévoir est aise Entre ton omonr cliauve et cet amour frisé.

LORD DURLEY.

Sous la voilette bleue et la capote verte, J'avais pu reconnaître, heureuse découverte ! Près de la belle enfant, miss Lucy Caméron, Chez ma sœur autrefois lectrice et chaper,pn, A (jui je paye encore une petite rente, — Chose en soi naturelle et fort indifférente ; Mais en touchant la somme hier, elle signa : Reçu tant. Miss Lucy, chez miss Lavinia. Par l'indication de sa nouvelle adresse. Donnant, sans le vouloir, celle de sa maîtresse, Et ce renseignement qui les renferme tous. M'a fourni le moyen d'arriver jusqu'à vous.

GEORGES

Ce récit est vraiment très-poéti(iue et montre Votre talent à peindre une heureuse rencontre ; Mais quel -en est le bul ?

PAUL, à pan.

D'ici je le prévois.

I I.OUD DURLEV.

Monsieur d'Elcy, j'ai dû me marier trois fois, Et trois fois s'est rompu ce projet éphémère : La première, ce fut à cause de la mère, La seconde du père, et la troisième enfin De la tante, de l'oncle et du petit cou'^in. Je u'ainic pas du tout lu famille... des autres.

l'AUL.

Aies penchants sociaux lù-dessus sont les voues.

LORD DURLEY.

Lavinia n'a pas de parents ?

GEORGES

Non, myloru.

Mais vous parlez en sphinx, et j'ai beau faire effort, Pour moi, tout ce discours est un profond mystère.

LORD DURLEY.

j'ai vingt-six ans, — je suis duc et pair d'Angleterre, Et je porte de gueule à trois léopards d'or, Avec cette devise: Ex sanguine splendor. J'ai tout ce qu'ici-bas l'homme rêve ou désire : llotel dans le West-End, manoir dans le Yorkshire, Villa de marbre blanc au bord du lac Majeur, Et l'été, quand me pousse un instinct voyageur, Un yacht de bois de teck, dont je jette l'amarre, Aux rives de Ceylan ou de Castellamare. Si vous ite voyez pas, comte Georges d'Elcy, Pourquoi, moi, lord Durley, je vous dis tout ceci. C'est que votre pupille est jeune, belle, seule, Sans cortège de père, ou de (ante, ou d'aïeule, Et que je viens ici par le plus droit chemin. En loyal gentleman vous demander sa main.

GEORGES,

Je repousse à regret une offre qui l'honore, Lavinia n'est pas à marier... encore.

LORD DURLEY.

Pour qu'elle le devienne, il suffit d'un époux.

PAUL, à pari.

Il garde son trésor comme un griffon jaloux.

GEORGES

Elle est trop jeune.

LORD DIRI.EY.

Elle a Seize ans bientôt, cher comte.

Et l'amour sur ses doigts en souriant les com|ile.

PAUL, à pari.

Cardillac ne veut pas lâcher son diamant.

LORD DIRLEY.

Elle ne peut rester fille c-ternellement,

A voir pâlir sa joue et sa beauté décroître,

Et votre intention n'est pas qu'elle entre au cloître?

GEORGES

Ce n'est pas une affaire à conclure en un jour.r

LORD DURLEY. \

Non, mais en attendant je puis faire ma cour. Quelle objection faire à ma demande? aucune; Ilonoiabililé, rang, titre, âge, fortune, J'ai tout ce qu'on exige, et je puis sans orgueil. Frapper à toute porte, étant sûr dti l'accueil.

- ' GEORGES

Lavinia ne voit ni ne reçoit personne.

LORD DURLEY.

Ail ! je devine. — Ainsi que plus d'un le soupçonne,

Vous êtes marié — morganatiquement

Et chez vous, le tuteur prête un masque à l'amant:

J'y songe tard! Pardon pour tant de malidrcsse.

Le tuteur est amant, la pupille est maîtresse !

Et, Rosine changeant ks groupes du tableau.

Du comte Almaviva rit avec Bartholo.

Dans un bonheur caché j'entre et je le dérange.

Pardon !

GEORGES

Que dites-vous! ma pupille est un ange. Pure comme celui qui veille à son côté ; Elle en a l'innocence ainsi que la beauté.

fAMoUR SU'UFFLE OU iL VEUT» ^1

iORO DURLEY.

>'cn crois voire parole et ses yeux francs où brille Une honnête nertc de chaste jeune fille ; Si f^on cœur n'a pas fait poar mon malheur, uii^lioix. Je demande sa main une seconde fois.

GEOr.GES.

Une seconde loi^, ^noi, je vous la refuse.

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