I.OP.D DUnLEY
AFors, ne soyez pas surpris, monsieur, si j'use Dos armes que fournit l'arsenal amoureux •Conti'e l'entêtement des tuteurs rigoureux J'y déterrerai bien quelque vieux stratagème Pour voir Lavinia, lui dire que je l'aime Et, mettant à ses pieds ma fortune et mon nom, Savoir si, comme vous, elle répondra non.
Ceouges.
Je vous empêcherai.
lord durlev.
Ce sera difficile.
Un tuTeur ne peut pas s'qucstrer sa pupille; Elle habite un hôtel et non pas une tour, Avec pont-levis, l;£i'Se et fossés tout autour, Et, comme au temps jadis, y fùt-elle murée, Je n'aurai de repos que l'en ayant tirée. — Une clef d'or croclietteunc porte d'airain; Si la porte tient bon, je creuse un souterrain, Et si la sape manque, à temps contre-minée. Je descends par le toit ou par la cheminée.
GEORGES
Je renverrai plutôt au bout du monde. '
PAUL, à part.
Bien!
LORD DLRLEY.
J'en suis charmé. — Je suis 1;: roule, car j'en vien.
J8 TIlÉATIiE.
Oli! nous autres, Anglais, lorsque par nneiiléc, Nous avons la cervelle ou l'àme possédée, Nous allons jusqu'au bout de noire entêtement. Et nous devenons fous malhéniatiquement.
Les jours de fine pluie où le ciel gris tamise. Ce spleen qui fait courir aux ponts de la Tamise, Chercher les pistolels dans le fond des tiroirs, Ou, comme Casllereagli, repasser ses rasoirs, 11 faut pour nous sauver quelque étrange manie, Quelqu'entreprise folle et qu'on veut voir finie, Quelqu'amour insensé donnant une raison De remettre à demain noyade ou pendaison ; Heureux quiconque alors se crée un but à <;uivrc' Eh bien, moi, j'ai trouvé mon prétexte de vivre. Lavinia ! — J'étais lugubre, — il avait j)lu Et j'allais, comme on fait d'un roman déjà lu, Dans un accès d'ennui, sans cette circonstance, Au chapitre vingt-six jeter mon existence. J'ai repris le volume et j'irai jusqu'au bout, Car l'héroïne a mis de l'intérêt partout.
GEORGES
Biffez Lavinia de ce charmant poëme, Mylord.
LORD DURLEV.
Pour quoi motif?
GEORGES
Eh ! parce que je l'aime !
Avec ce beau sang-froid, courtoisement moqueur, Ce que vous demandez, c'est mon sang, c'est mou cœur, Mon âme, mon trésor, mon rêve, ma chimère, Plus qu'en prenant la fille on n'enlève à la mère.
LOUI) DIÎRI.KY.
Eh bien, épousez-la piiisfpi'il en esl ainsi ; Qu'elle soit, devant tous, la comlc^s« d'Elcy.
Et ne l'exposez plus par un litre équivoque,
Aux brusques passions que sa beauté provoque.
Pourtant j'aurais voulu, plus rayonnante encor,
Sous l'iierniine ducale et la couronne d'or,
La voir, lady Durley, dans son carrosse à glace.
Allant au Drawing room de Bucliingham's palace !
Le Times à l'article : « High life and fasition, »
Eût conté longuement sa présentation,
El doublant sa beauté de toute ma richesse,
J'eusse fait à la reine envier ma duchesse.
Mais vous avez. pour vous l'antériorité ;