GÉRONTE, FRONTIN, MARINETTE, GÉROME
Me voilà délivré de ce fieffé vaurien ! H aura beau crier, je ne lui rendrai rien ; Car comment a-t-il pu, même étant économe, Moi ne le payant pas amasser cette somme ?
FROiNTIN.
Il vous a détroussé.
MAni.N'ElTE,
C'est limpide.
FROMIN,
L'argent Du drôle est vôtre. Un maître un peu moins indulgent L'enverrait, sur la mer, écrire avec des plumes De quinze pieds, coiffé, dans la crainte des rhumes, D'un superbe bonnet du rouge le plus vif.
fous tromper ! c'est affreux ! Vous si bon ! si naïf!
CÉRO.NTE.
Je suis assez venge si je n'ai rien à rendre,
Et j'aime autant qu'il aille ailleurs se faire pendre.
FROMIN.
Très-bien ! mais vous voilà sans valet maintenant. .
CÉRO.NTE.
Sans valet, tu l'as dit. 0 revers surprenant !
Un homme comme moi sans valet ! quelle honte !
FROISTIN.
De ses augustes mains, certes, monsieur Géronte Ne peut pas, aux regards des voisins ébaubis, Peindre en noir sa chaussure et battre ses babils.
GÉRONTE
Non ; l'on ferait sur moi cent brocards, cent risées.
MARINETTE
Qui suifera, le &oW, vos boucles défrisées ?
GÉRONTE
Dans quel gouffre de maux suis-je tombé, grand Dieu .'
MARINEITE.
Oui viendra, le matin, vous allumer du feu?
Je me sens affaissé... la tristesse me gagne ;
Ah ! Champagne, mon bon, mou fidèle Champagne,
Tu me manques !
FRONTiûl.
Un sot !
MARINETTE
Un ivrog«e !
FRONTIN
Un voleur 1
GÉRONTE
D'acCord ; mais, s'il volait, j'ilais le receleur ; Et, désormais, le fruit de ses... économies. 11 le déposera dans des mains ennemies.
FRO.NTIN.
C'est vraiment douloureux; mais, puiMju'd est chassé, N'y pensez plus.
GÉRONTE
Par qui sera-t-il remplacé ?
Hélas?
FRONTIN
Par moi.
MARIN ETTE
Par moi.
GÉRONTE
Frontin on Marinelte ?
Quel choi.x embarrassant !
FRONTIN
Monsieur, je suis honnête Actif, intelligent, mangeant peu, buvant moins.
MAP.LNETTE.
Pour un maître, monsieur, j'ai mille petits soins : Je bassine son lit, je cbanffe ses pantoufles. Je lui tiens son bougeoir, je lui fa's...
FRONTIN
Tu l'essouffles.
Ma chère! Laisse-moi la parole un moment. Si je m'oflre, monsieur, c'est par pur dévouement ; Je ne veux rien de vous, rien, ou fort peu de chose; Vingt écus !
GÉRONTE
Ce gnrçoii plaide fort bien sa cause.
Je te prends.
• MAIlINETTE.
Quinze écus, et l'honneur d'être à vous, De mes peines seront un loyer assez doux; Car je sers pour la gloire.
GÉRONTE
Elle est, ma foi, gentille ; J'aime sa bouche en cœur et son œil qui scintille. Je te prends*
FROMIX.
Dix l'cus, monsieur, me suffiront.
■ GÉRONTE
Je le retiens.
MARI.NETTE
Monsieur, ne soyez pas si prompr.
Je tiens plus, près d'un maître, aux égards qu'au salaire. Donnez-moi cinq écus, et je fais votre affaire.
GÉRONTE
C'est conclu, Marinette.
FRONTIX.
Une minute ; moi^ Je ne demande rien du tout !
GÉROKTE.
Alors, c'est toi Que je choisis.
MARINETTE
Je fais de plus grands avantages :
Au lieu de moi, c'est vous qui recevrez des gages, Et je vous donnerai cent pistoles" par an !
GÉRONTE
Ce mode est le meilleur. Marinolt(;, viens-t'en.
FROXTIN.
J'offre deux cents !
Trois cents !
FRONTIN
Les profits !
MARINETTE
La défroque !
GÉRONTE, à paît.
Tant de zclc à la fin me paraît équivocpie: El quoi but peut avoir un Ici acharnement?
LE TRICOHNË ENCHANTÉ. 133
MARINETTE
Ne VOUS empêtrez pas d'un pareil garnement.
FRONTIN
Par bonté d'àme il faut que je vous avertisse...
MARUNETTE.
Vous allez, avec lui, prendre à voire service Une collection de penchants dissolus.
FRONTIN
Elle a tous les défauts, et quelques-uns de plus!
GÔONTE.
Au fait, elle a bien l'air d'une franche coquine.
FRONTIN
C'est sa seule franchise.
Et lui, voyez sa mine.
Son œil d'oiseau de proie et son teint basané : C'est un coupe-jarret authentique et... signé!
GÉRONTE
Marinette, Frontin, je vous crois l'un et l'autre ; Et sur chacun de vous mon avis est le vôtre. Mon choix entre vous deux hésite suspendu ; Aussi, tout bien pesé, bien vu, bien entendu, J'aime encor mieux Champagne, et vais à sa recherche .Dans le cabaret lauche où d'ordinaire il perche.
- -, 11 sort.