ACTE DEUXIÈME
I n'ose pas refuser, parce que ce n'est pas un mauvais garcon, mais, quand une fois il est tapé, il fait une figure d’une tristesse! Et puis, il ne faut pas y revenir, parce qu'il s'arrange à mettre les tapeurs à l'écart, comme s'ils avaient une maladie contagieuse.
JACQUELINEF.
Enfin, moi, tout de même, à ta place je tâcherais de savoir ce qu'il fait de huit heures du matin à minuit. En admettant qu'il soit occupé dans une banque, il ne serait pas occupé jusqu'à minuit. Pourquoi ne le fais-tu pas filer?
BÉRENGÈRE
Oh! je ne veux pas m'en mêler. Sur cette question, tu sais, cette question du mystère de sa vie, 1l est tellement terrible! Qu'est-ce que tu veux, j'ai un amant
gentil qui me plaît assez; en admettant que j'en trouve un autre beaucoup mieux, eh bien, je verrai. Évidemment, celui-là n’est pas l'idéal, d'autant qu'il est un peu embêtant tout le temps à me demander si je l'aime pour lui-même. Comme si j'en savais quelque chose! Puis il a des idées : il veut que j'apprenne le piano, il voudrait que je prenne des leçons d'anglais. I me rase.
JACQUELINE
C'est tout de même utile de savoir l'anglais.
BÉRENGÈRE
Pourquoi ça?
JACQUELINE
Parce que, quelquefois, on rencontre des Anglais qui ne savent pas le français.
BÉRENGÈRE
Eh bien, ce sont les meilleurs. Jamais je n’ai vu un homme m'écouter avec autant d’attention que lorsqu'il
ne comprenait pas ce que je disais... 11 y en avait un comme ça : un Italien. Il était en admiration, il voulait toujours que je lui parle, et il disait à un monsieur, qui m'a traduit la phrase, que j'étais la femme la plus intelligente qu’il connaissait.
JACQUELINE
Mes enfants, je pense à une chose!
BÉRENGÈRE
Tu m'étonnes.
JACQUELINE
C’est que je suis toute défrisée.. Je vais aller me mettre de la poudre.
BÉRENGÈRE
Oh! ce qu'elle est coquette, cette femme-là! Je vais
avec toi.
Elles sortent ainsi que Bouzin.