ACTE DEUXIÈME
UN GARCON, s'approchant de Philibert.
Monsieur, il y a votre ami, le monsieur qui soupe avec vous...
PHILIBERT
Monsieur Bigredon?
LE GARCON
Je ne sais pas comment vous l’appelez. Mais il n’est pas bien. Comprenez-moi. Il est un peu parti, mûr, si vous voulez. Enfin, il a le nez sale...
PHILIBERT
Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse?
LE GARCON
Il faudrait le ramener chez lui. Et puis, voici l’addition. (Le garçon présente l’addition sur une assiette. Philibert soulève le papier avec précaution, y jette un coup d'œil et se hâte de le replier, pendant que son visage exprime un grand stoïcisme.} Il faudrait emmener ce monsieur. Nous n'avons pas l'habitude de faire payer la casse aux clients, mais il y a une glace derrière lui qui est en danger, et, s’il la cassait, nous serions forcés.
PHILIBERT
Je vais l'emmener!
LE GARCON
Il n’est vraiment pas bien, vous savez!
PHILIBERT
Mais moi non plus! ; Il sort à droite, avec le garçon.
ALBERT
Enfin! Un bon débarras! Je n'étais pas tranquille!
BÉRENGÈRE
Eh bien, est-ce que tu es avec nous, maintenant?
ALBERT
Oui, je viens d’avoir un petit souci... Mais c’est passé. Nous sommes ici pour nous amuser. Nous ‘sommes dans un restaurant chic, avec des créatures superbes... (La musique commence doucement.) On boit, on mange. On entend de la jolie musique... C’est joli, ce morceau.
BÉRENGÈRE
Mais tu vas entendre chanter la violoniste : elle a
une voix prenante:
| ALBERT
Je ne sais pas si elle a une voix prenante, mais elle est toujours moins épatante que la voix d’une femme que j'ai connue et qui chante au Pavillon du Bois!
BÉRENGÈRE
Attends un peu, tu verras...
ALBERT
Nous allons rester ici le plus longtemps possible, ce soir, je veux me griser de ce bruit de fête. nous allons rester toute la nuit, toute la nuit! (A ce moment, on entend la voix d'Edwige qui chante. Albert se lève, effaré.) Allons-nous-en!
BÉRENGÈRE
Mais qu'est-ce que tu as?
ALBERT
Rien! rien! C’est une chanson de mon enfance que chantait ma grand'mère….