ACTE DEUXIÈME
BÉRENGÈRE
Tu ne manges pas?
ALBERT
Je n’ai pas faim...
BÉRENGÈRE
.Ohltu es gai, ce soir! Tu devrais bien te mettre en frais pour Bouzin et Jacqueline.
BOUZIN
Mais non, ça ne fait rien.
JACQUELINE
Laisse-le donc! ;
BÉRENCGÈRE.
Écoute-moi : j'en ai assez de ces histoires-là! Tu vas me faire le plaisir de souper très gentiment avec nous et d’être un peu moins nerveux.
ALBERT
Je n’ai pas faim!
BÉRENGÈRE
Tu sais que, si tu te conduis comme ça avec moi, je ne serai pas longue à te plaquer!
ALBERT
Mais non!
BÉRENGÈRE
Tu crois peut-être que je serai en peine de trouver un autre ami? Je n'aurai pas quinze pas à faire. Regarde ce petit jeune homme du Poitou, qui est à la table là-bas : il s'appelle Gastonnet.… ou Gasconnet, je ne sais plus; Plouvier me l’a présenté tout à l'heure.
ALBERT
Tu es méchante avec moi! tu profites de ce que je
suis. un homme tendre et délicat, et de ce que je ne peux pas quitter les femmes. Mais si tu m'exaspères, je te quitterai!
BÉRENGÈRE
Moi, je ne veux pas qu’on me quitte. Je te quitterai si je veux, mais je ne supporterai pas que tu me plaques! Dans ma position, on n’a pas le droit de se laisser plaquer. Si tu me plaques, je te tire dessus un coup de revolver. Je m'arrangerai pour ne paste tuer; je t’enverrai une balle dans le bras, par exemple, mais quelque chose qui fasse un peu de bruit à Paris.
Ça me suffira...
ALBERT
Et à moi aussi.
BÉRENGÈRE
Veux-tu me faire le plaisir de souper avec nous?
Albert va se mettre à manger, mais il se gratte l'oreille et n'entendant plus la musique, il se lève de nouveau.
ALBERT, à part.
Ga y est! Elle ne joue plus!
BÉRENGÈRE
Voilà que tu te lèves encore! C’est trop fort! (Appelant.) Plouvier!
PLOUVIER
Qu'est-ce qu'il y a?
BÉRENGÈRE
Venez donc à notre table, on fera de la place : ce sera plus amusant, PLOUVIER.
Je veux bien, d'autant que nous avons fini.
Il s'approche.