ACTE TROISIÈME
ALBERT, s'approchant.
Qu'est-ce qu’il faut servir à ces messieurs?
XAVIER
Deux cafés nature.
ALBERT
Une petite seconde. (Entre le plongeur. Albert à la caissière.) Donnez quarante francs à mon compte au plongeur, c’est pour mon cocher. (Au journaliste.) Je l’ai depuis hier soir minuit, ça vaut bien ça pour une voiture de cercle... (A la caissière.) Deux cafés nature, deux!
LE JOURNALISTE, à Xavier.
Quarante francs de voiture!
XAVIER
Il va expliquer ça... ca ne doit pas être pour lui.
LE JOURNALISTE
Il est superbement vêtu.
XAVIER
Ils sont très soigneux de leurs effets.
ALBERT, au plongeur qui revient.
Ma veste et mon tablier, vite! (Le plongeur va lui chercher sa veste et son tablier pendant qu’il ôte son macfarlane et son habit. Le plongeur lui rapporte sa veste.) Ah! je me sens si bien, là-dedans! Je retrouve avec tant de plaisir cette veste et ce tablier! (Au moment où le plongeur emporte son habit.) Attendez, mon carnet de chèques!
Il prend un carnet dans la poche de son habit et le met dans sa veste.
LE JOURNALISTE, à Xavier.
Il a un carnet de chèques!
XAVIER, étonné.
Je... je ne sais pas... Il a peut-être quelques écono-
mies qu’il met dans une banque au lieu de les placer à la caisse d'épargne.
LE JOURNALISTE
C'est intéressant, ça! (A Albert.) Dites-donc, vous préférez mettre votre argent dans une banque qu'à la caisse d'épargne ? | ALBERT. | Le maximum des dépôts à la caisse d'épargne est de quinze cents francs... Me voyez-vous m’amener au bureau de poste avec des paquets de trente ou quarante mille francs?
LE JOURNALISTE
Eh bien, je vois que vous avez pas mal d'argent de côté. | ALBERT.
Oh! un peu!
XAVIER
Et malgré ça vous n'êtes pas heureux?
ALBERT
Ah! fichtre non!
XAVIER, au journaliste.
Vous voyez... (A Albert.) Dites un peu à monsieur le martyre de votre existence.
ALBERT
Martyre! C’est le mot! Monsieur ne me croira jamais.
LE JOURNALISTE
Je vous écoute.