ACTE TROISIÈME
JACQUELINE
Tu vas te trouver bien seule!
BÉRENGÈRE
J'espère que ça ne durera pas longtemps, mais je ne serais pas fâchée de savoir qui est le nommé Philibert qui habite précisément dans la maison et qui m'a écrit ce matin en m'’envoyant des fleurs (A Philibert.) Pardon, monsieur, connaîtriez-vous monsieur Philibert?
PHILIBERT
C'est moi, madame.
JACQUELINE
Eh bien, j'espère que tu en as du succès dans la limonade!
BÉRENGÈRE
Si le patron est aussi chic qu’Albert, je ne m'embéterai pas. (Souriant, à Philibert.) Cela ne vous étonne pas de me voir ici?
Non, madame, nous avons eu souvent du beau monde. (A part.) J’ai déjà vu cette femme-là.
BÉRENGÈRE
C’est vous qui m'avez envoyé des fleurs, ce matin?
PHILIBERT
Ahlouil... (A part.) Ça y est! C’est la poule à Albert! Eh bien, madame, c’est une erreur!
BÉRENGÈRE
Ce n’était pas pour moi?
PHILIBERT
Si, si, madame, vous pouvez garder le bouquet. Mettez-le dans un vase, mais n’y faites pas attention.
BÉRENGÈRE, tirant une carte de son réticule et lisant.
Vous me disiez sur votre carte que vous aviez pour moi la plus vive admiration.
PHILIBERT
Mais ce n’est pas vrai, madame, ce n’est pas vrai!
BÉRENGÈRE
Et que vous désiriez vivement être reçu chez moi...
Non, madame, mais non, madame, je n’y tiens pas... Et puis, que voulez-vous? moi, il ne faut pas venir me parler de ça dans mon établissement. Je suis un commerçant, j'ai beaucoup à faire. Je sais bien qu'il y a des débitants qui sont à courailler à droite et à gauche, ce n'est pas mon numéro.
BÉRENGÈRE
Eh bien, vous êtes encore poli!
PHILIBERT
Je vous demande pardon, madame, je n'ai rien d’impoli à vous dire... et vous êtes une femme; puis, d'autre part, vous venez consommer, mais il ne faut pas venir chercher autre chose ici, madame.
BÉRENGÈRE
Eh bien, dites donc, vous en avez un toupet!
PHILIBERT
Depuis que je suis veuf, je vous avoue, madame, que