ACTE TROISIÈME
YVONNE
Alors, c’est moi qui vais lui parler.
PHILIBERT
Tu ne réussiras pas.
YVONNE
Je crois que si. Appelle-le.
Albert a été chercher la cafetière, il est revenu près du client et s'apprête à verser le café.
LE CLIENT, levant le nez d'un journal.
Enfin !
PHILIBERT
Albert! Venez par ici!
Albert quitte le client précipitamment.
LE CLIENT
Eh bien, ce café?
PHILIBERT
Je vais vous verser, monsieur.
Il prend la cafetière, mais il reste au milieu du café, la cafetière à la main, pendant l'entretien d'Yvonne et d'Albert. YVONNE, à Albert.
C'est vrai, ce que dit mon père? Je ne puis le croire, Il paraît que, pour quitter la maison, vous voulez deux cent mille francs.
ALBERT
Je ne veux rien du tout... Je ne veux pas un sou de son argent. Jamais, pour rien au monde, je ne vous ferai tort d’un sou, à plus forte raison de deux cent mille francs... Je ne veux pas quitter cette maison.
YVONNE
Vous ne voulez pas quitter cette maison ?
ALBERT, intimidé.
Eh bien, je ne sais pas... si c'était vous qui me le disiez.. si cela vous faisait un énorme plaisir que je m'en aille? ou même un petit plaisir ?.…
YVONNE
Rendez-moi le service de vous en aller!
ALBERT
Bien, mademoiselle... Bien! Je vais m'en aller!
YVONNE
Qu'est-ce que vous avez dans les yeux?
ALBERT
Rien! Rien du tout.
Si! Si! Vous avez quelque chose.
ALBERT
Eh bien, j'ai un peu d'émotion... (Sanglotant.) à cause de ce petit café... (Sanglotant.) Chaque fois, d’ailleurs, que je quitte une place, c'est comme ça... (Sanglotant.) mais Ça va passer... ça va passer |
YVONNE
Albert!
ALBERT
Mademoiselle?
Il se met à pleurer plus fort.
YVONNE
Monsieur Albert!
ALBERT
Yvonne! (Se reprenant.) Mademoiselle Yvonne!
YVONNE
Ca vous fait beaucoup de peine de quitter cette maison? (Albert pousse un soupir.) Une peine sincère? (Albert pousse un soupir énorme.) Ce n’est pas un caprice, un sentiment passager qui vous fait aimer ce petit café? Ce n’est pas parce que vous avez éprouvé des déceptions du côté d’un grand restaurant?
ALBERT, la regardant.
Mademoiselle, j'ai toujours adoré ce petit café... je m'en rendais plus ou moins compte, mais je l’adorais